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jeudi 8 décembre 2022

La crise tunisienne atteint son acmé

La seule chose dont on soit à peu près certain eu égard à l’impasse politique en Tunisie, c’est que cette dernière a atteint un tel degré d’exacerbation ces dernières heures qu’elle n’est plus tenable bien longtemps. Elle doit se trouver en urgence un débouché pour évacuer son trop-plein de tension. Autrement, elle pourrait dès à présent échapper au contrôle de ses principaux protagonistes, que sont le président de la République, le chef du gouvernement, dont on sait qu’il ne constitue pas, ou qu’il n’est pas le représentant d’un pôle à part, et du président de l’Assemblée, qui lui en revanche en est un au sens plein du mot. La vraie partie se joue en réalité à deux. Elle oppose le chef de l’Etat, Kaïs Saïed, et le président de l’Assemblée, Rached Ghannouchi, le gouvernement dans son ensemble n’étant en fait qu’un instrument aux mains d’Ennahdha. Le vrai enjeu de cette partie n’est pas le sort du gouvernement Mechichi, dont les jours de toute façon sont comptés, mais l’existence même d’Ennahdha. Ce n’est même pas donc la nature du régime, même si cette question n’est pas secondaire. Reste que si au lieu d’Ennahdha, c’était un parti ou une coalition non islamiste qui dominait à l’Assemblée, cette question serait moins pressante, même avec un sans-parti tenant du régime présidentiel à la tête de l’Etat, comme c’est le cas aujourd’hui.

Il est clair que l’identité politique de Saïed est le nationalisme arabe. La nature composite du régime tunisien actuel ne le gênerait pas si étroitement aux entournures si la majorité à l’assemblée législative appartenait au même courant politique que lui, serait-il lui-même sans aucun lien organique avec elle. Il était possible de prévoir dès le début que cette cohabitation allait être par trop conflictuelle pour durer pendant cinq ans, les deux mandats, celui de la présidence et celui de l’Assemblée coïncidant quasiment. Avec les propos que le président Saïed a tenus lors de la fête de la police tunisienne, il y a trois jours, dans lesquels il s’est dit le chef suprême de toutes les forces armées, aussi bien militaires que civiles par conséquent, la crise est passée d’un bond à un stade paroxystique. Jusque-là en effet, les forces de sécurité intérieure ont relevé du ministre de l’Intérieur, qui se trouve être en l’occurrence le chef du gouvernement lui-même. Mechichi, on s’en souvient, avait gardé pour lui ce portefeuille lors du dernier et large remaniement effectué de sa propre initiative, ce qui a déclenché la crise. Celle-ci est partie de là, elle y revient, mais cette fois-ci sans possibilité de pause ou de temporisation. Le président ne peut pas se déclarer chef de la police, comme il est celui de l’armée, et cependant déléguer le soin de la commander à quelqu’un avec lequel il est en complet désaccord. Il nuirait grandement, probablement définitivement, à son autorité s’il ne reprenait pas possession d’une prérogative dont il pense qu’elle lui revient de droit. Déjà en effet Mechichi a rejeté d’un revers de main ce qu’il fait mine de prendre pour une lecture aberrante de la Constitution. De deux choses l’une : ou bien le président Saïed n’a fait qu’exposer un grief relativement à un droit dont il s’estime spolié, sans pour cela avoir prévu le moyen de récupérer son dû ; ou bien son intention est bien de rentrer dans son droit, et dans ce cas l’acte ne tardera pas à joindre la parole. Ce pourrait être par exemple la désignation par ses soins d’un ministre de l’Intérieur, un poste qui – ça tombe bien – n’est pas encore pourvu.

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