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samedi 25 juin 2022

Hégémonie

Depuis quelques jours, depuis que la direction du parti socialiste français a annoncée avoir décidé de collaborer avec La France Insoumise en vue des élections législatives de juin prochain, plusieurs personnalités issues du parti à la rose ont annoncé leur déception et même parfois leur colère face à cette décision. Il est vrai que le PS avait ouvertement et souvent critiqué le candidat insoumis, Jean-Luc Mélenchon lors de la campagne présidentielle. Mais après le score de 1.75% de Anne Hidalgo au premier tour, le PS se voit contraint de faire des alliances pour les législatives. Un accord entre La France Insoumise et ses partenaires PS et EELV en vue des législatives semblait ainsi se dessiner hier mais les socialistes ont suspendu leurs échanges. Forte des 22 % des voix de son candidat Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle, LFI a lancé des discussions bilatérales, notamment avec EELV, le PCF et le PS, afin de trouver un accord aux législatives et se donner une chance d’envoyer Mélenchon à Matignon. La direction du PS a fait un pas en avant hier matin en souscrivant, dans les grandes lignes, aux « marqueurs » du programme de LFI : augmentation du smic à 1 400 euros net par mois, retraite à 60 ans, planification écologique, abrogation de la loi El Khomri (réformant le Code du travail), VIe République, par exemple. Ils avancent également, mais avec des « divergences », sur la question de la « désobéissance aux traités européens » que souhaite LFI, alors qu’eux, soulignent-ils, refusent de « mettre en danger la construction européenne ». Mais les socialistes assument que « la mise en œuvre du programme que nous construisons conduira nécessairement à […] ne pas respecter certaines règles », évoquant notamment leur refus d’un « retour du pacte de stabilité ». Parmi les points qui restent sensibles, le PS liste « la défense de la République laïque et universaliste » et « la nécessité d’un soutien plein et entier à la nation ukrainienne, à sa liberté et à sa souveraineté », face à la position « non alignée » sur les États-Unis de LFI. Les discussions ont repris dans la matinée au siège de LFI. Mais peu après annonce surprise : la délégation a suspendu les négociations, intimant à LFI de « rompre avec toute logique hégémonique et accepter la pluralité ». Une partie des socialistes refuse ce rapprochement historique avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, décidé la semaine dernière lors d’un conseil national du PS. L’ex-président François Hollande avait déjà mis en garde jeudi contre une « disparition » du PS en cas d’accord, et le courant minoritaire du PS, mené par la maire de Vaulx-en-Velin, Hélène Geoffroy, a dénoncé « une reddition » à LFI. Cette avancée est aussi critiquée par les macronistes : le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau, estime dans un tweet que le PS a « abjuré […] contre son idéal, ses figures historiques » et « contre l’honneur ». De son côté, la députée européenne Nathalie Loiseau considère qu’il « a vendu son âme pour un plat de lentilles ». Mais les socialistes qui souhaitent un accord avec La France Insoumise ne peuvent vraiment se montrer surpris après les propos tenus au lendemain du premier tour des présidentielles par la députée LFI Mathilde Panot, qui avait assuré qu’il n’y aurait pas de discussions avec le PS et que ce refus était « définitif ». Les insoumis semblent ainsi bien décidés à humilier les socialistes, qui d’après eux sont en partie responsable de la non accession de Mélenchon au second tour, autant que faire se peut, avant d’éventuellement les accepter dans leur coalition pour les législatives. Reste à voir si le PS qui fut un parti de gouvernement durant des décennies acceptera ce traitement et continuera de courber l’échine dans l’espoir de glaner quelques sièges à l’Assemblée Nationale ou s’il préfèrera garder son intégrité quitte à faire face à une nouvelle rude défaite le 12 juin prochain.

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