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lundi 26 septembre 2022

Libertés

Il y a près d’une année, les forces militaires et les derniers civils américains quittaient définitivement l’Afghanistan après plus de vingt ans de présence suite à la guerre déclenchée en réponse aux attentats du 11 septembre 2001. Or, si le départ des troupes américaines était attendu depuis plusieurs années, les conditions dans lesquelles il s’est déroulée sont problématiques. Car plutôt que de réussir à favoriser la mise en place d’un gouvernement afghan solide, capable de gérer le pays, Washington a abandonné le pouvoir aux talibans qui contrôlent désormais totalement l’Afghanistan et sa population. Et les premières victimes du nouveau régime islamiste sont sans surprise les femmes qui ont, lors de ces douze derniers mois, perdu le peu de liberté qui leur avait été alloué. Quelques-unes d’entre elles, les plus intrépides, n’hésitent d’ailleurs pas depuis une année à manifester régulièrement pour réclamer le retour de leurs droits. Hier, des manifestantes réclamaient une fois encore à Kaboul le droit au travail et à l’éducation. Manifestation rapidement dispersée par les forces de l’ordre qui ont tiré en l’air pour effrayer les participantes. Réfugiées dans des magasins proches, elles ont été battues à coups de crosse, a constaté un journaliste de l’AFP. Une quarantaine de femmes scandant «Pain, travail et liberté» ont, en effet, défilé devant le ministère de l’Éducation avant qu’un groupe de combattants talibans ne les dispersent en tirant en l’air par rafales, quelque 5 minutes après le début de la marche. Les manifestantes portaient une banderole sur laquelle on pouvait lire : «Le 15 août est un jour noir», en référence à la date de la prise de Kaboul en 2021 par les talibans. «Justice, justice. Nous en avons marre de l’ignorance», ont-elles scandé avant d’être dispersées violemment. Des talibans en tenue militaire et armés de fusils d’assaut ont bloqué un carrefour devant les manifestantes et commencé à tirer en l’air pendant de longues secondes. L’un d’eux a simulé un tir en visant les manifestantes, a constaté un journaliste de l’AFP. Certaines se sont ensuite réfugiées dans des magasins proches où elles ont été pourchassées puis battues à coups de crosse de fusil. «Ils ont dispersé les filles, déchiré nos banderoles et confisqué les téléphones portables de nombreuses filles», a déclaré Zholia Parsi, l’une des organisatrices de la manifestation. Les talibans ont également frappé des journalistes. «Nous ne laisserons pas les talibans taire nos voix. Nous allons protester depuis nos maisons», a déclaré une manifestante. Dans un communiqué, l’association Human Rights Watch avait appelé jeudi les talibans à «revenir sur leur décision horrible et misogyne» d’interdire l’éducation aux femmes. Début mai, le gouvernement avait également publié un décret, approuvé par le chef suprême des talibans et de l’Afghanistan, rendant obligatoire pour les femmes le port du voile intégral en public. Si une majorité d’Afghans semblent s’être résignés à vivre sous la coupe des talibans, ces femmes, qui ont le plus perdu depuis l’arrivée des fondamentalistes au pouvoir, semblent décidées à ne pas abandonner la lutte et à montrer au monde que malgré leur impuissance elles continuent à se dresser face aux obscurantistes.

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