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lundi 6 février 2023

Les bolsonaristes diffèrent des trumpistes tout en les imitant

Les partisans de Jair Bolsonaro ont voulu tout à la fois, dimanche 8 janvier, imiter ceux de Donald Trump, qui avaient envahi le Capitole américain un certain 6 janvier 2022, jusque dans le détail, mais aussi faire mieux qu’eux, d’une part en termes de vandalisme, et d’autre part en s’attaquant au pouvoir brésilien dans ses trois espèces : l’Exécutif, le Parlement et la Cour suprême. C’est que depuis le temps qu’ils méditent leur coup, ils ont eu toute latitude de rassembler les forces nécessaires pour frapper plus fort le moment venu, à la différence des extrémistes de droite américains qui eux ont dû beaucoup improviser à l’heure de l’action, même si on pouvait les voir venir. Reste que l’extrême droite brésilienne a tenu par-dessus tout à souligner sa filiation, sa source d’inspiration, on pourrait même dire son allégeance, à sa correspondante américaine. La date surtout a été choisie par elle pour que tout le monde sache à quel précédent elle se réfère, quel haut fait elle compte rééditer chez elle au Brésil, et lui rendre hommage par la même occasion. A Washington, quartier du Capitole, 6 janvier 2021, les extrémistes américains qui avaient envahi le Capitole étaient des centaines.

ABrasilia, Place des Trois Pouvoirs, leurs imitateurs brésiliens étaient des milliers, on a même parlé de dizaines de milliers, qui ont pris d’assaut le palais présidentiel, le Parlement et la Cour suprême, trois bâtiments officiels se dressant dans le même périmètre. Dans les deux cas, il s’agit d’une insurrection, certes, mais d’une insurrection coupée du pays, pour rien, du sport, de l’action pour l’action, aucune proclamation, nul discours d’accompagnement ou de justification. La foule élémentaire et intrépide a forcé la porte du temple, elle est entrée dans le naos, elle a renversé l’idole, pris ce qu’elle a pu prendre de ses richesses, puis elle est ressortie, pour être prise en chasse par les forces de l’ordre en train de revenir de leur première commotion. Dans une révolution véritable, la prise du palais est l’acte dans lequel elle culmine, quand il ne la termine pas. On sait après cela qu’elle est sérieuse, qu’elle est probablement irréversible. Ni à Washington, ni à Brasilia deux années plus tard, presque jour pour jour, la prise du palais n’a été plus qu’une émeute et un exutoire, aussi préparée et préméditée qu’elle ait pu être dans un cas comme dans l’autre. Une sorte de révolution en l’absence de révolution. Mais comme il vient en dernier, et qu’il affiche son modèle, qu’il a voulu imiter jusque dans le détail, l’assaut de Brasilia pourrait bien être plus, ou autre chose, que son original américain. Les insurgés américains voulaient que le pouvoir ne soit pas transmis à Joe Biden, mais qu’il reste entre les mains de Trump. Leurs correspondants brésiliens voulaient non pas que Bolsonaro revienne au pouvoir, mais que l’armée le reprenne. Avant de se lancer à l’assaut des trois pouvoirs, ils faisaient le siège des casernes du pays, appelant les militaires au coup d’Etat. Tel n’était pas l’objectif des partisans de Trump, qui ne demandaient ni n’attendaient rien du Pentagone. Deux jours avant la cérémonie d’investiture de Lula, Bolsonaro s’était envolé pour la Floride, le fief de Trump, et la capitale des oppositions de droite d’Amérique du Sud. Un asile qui pourrait bien ne pas le garantir contre les poursuites que le pouvoir brésilien sûrement voudra engager contre lui.
M. H.

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