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samedi 25 mars 2023

La Turquie s’autorise à intervenir plus longtemps en Syrie et en Irak

Du point de vue des Turcs, dès lors que leurs députés  accordent leur consentement à des interventions militaires en dehors de leurs frontières, notamment en Syrie et en Irak, personne ne devrait trouver à redire, du moment que les règles ont été scrupuleusement respectées. Que ces décisions  soient purement les leurs ne devrait poser aucun problème, ni à eux, ce qui est compréhensible, ni à ceux qui les subissent, obligés qu’ils sont de reconnaître qu’elles ne sont pas des oukases, mais des projets de lois largement discutées avant de se transformer en des lois tout court. Il y a même eu des députés de l’opposition pour les repousser, c’est dire si tout s’est fait selon le droit le plus exigeant. La seule différence avec les interventions précédentes, c’est que celles qui viennent d’être approuvées,  se sont vues accorder un délai d’exécution deux fois plus grand que d’habitude, deux ans au lieu d’un seul. Pendant deux ans, l’armée turque a carte blanche pour mener les opérations, au nord-est de la Syrie et au nord de l’Irak, qu’elle juge nécessaire contre  la menace persistante que représentent les Kurdes à  ses frontières. Il faut donc s’attendre à ce que ces opérations soient plus importantes que les précédentes, ne serait-ce que parce qu’elles ont plus besoin plus de temps pour réaliser leurs objectifs. Aujourd’hui, la Turquie est présente militairement dans deux pays arabes, la Syrie et la Libye ; elle intervient  de plus périodiquement dans un troisième, l’Irak, comme si nulle frontière ne l’en séparait. On savait déjà qu’elle n’était guère pressée de rappeler ses soldats de Libye, en dépit du fait que des élections capitales doivent s’y tenir avant la fin de cette année, qui ne pourront l’être en présence de forces étrangères. On sait maintenant que ce n’est pas pour bientôt qu’elle compte se retirer de la Syrie, un autre pays arabe qui ne pourra espérer sortir de sa déjà longue crise que si elle-même commence par le quitter. Sans doute l’armée turque n’est-elle pas la seule à occuper le territoire syrien, les Américains s’y trouvent eux aussi, eux aussi dans le nord, mais en principe seulement pour empêcher que l’Etat islamique ne renaisse de ses cendres. Mais elle est la seule à avoir un intérêt majeur à s’y enraciner. Les centaines de soldats américains encore présents en Syrie n’ont pas vocation à y demeurer éternellement. Washington ne demanderait d’ailleurs qu’à pouvoir les rappeler sans plus attendre. Mais comme les Kurdes syriens et irakiens alliés du PKK indépendantiste seront toujours aux frontières de la Turquie, celle-ci ne serait tranquille qu’en annexant ces frontières. C’est probablement ce qu’elle ferait si la chose était possible; c’est-à-dire si elle était certaine que les grandes puissances  la laisseraient faire. Là où la Turquie a réussi à mettre le pied, elle ne l’en retirerait que contrainte forcée, quand cela serait loin de ses frontières. La Libye n’est pas pour elle un pays voisin. Elle n’aurait même pas dû y intervenir. Mais maintenant qu’elle y est, son intention est d’y rester. Dernièrement, elle a failli mettre un bout de pied en Afghanistan, dans le même temps que les Américains et leurs alliés le fuyaient à la va-vite, ayant pu se ménager une porte de sortie, et craignant par-dessus tout qu’elle ne se referme trop vite. Un seul pays de l’Otan avançait à contre-courant : elle, la Turquie, qui quémandait auprès des Américains et des Talibans l’autorisation de s’y montrer utile.

Mohamed Habili

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