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mercredi 28 septembre 2022

La Russie décrète la mobilisation partielle

Avec la mobilisation partielle décrétée hier par le président russe Vladimir Poutine, c’est clairement un grand pas qui est fait dans le sens de l’élargissement de la guerre à l’ensemble de l’Europe, et probablement plus loin encore, la portée de certains des canons modernes étant transcontinentale en effet. Comme depuis le début de ce nouveau conflit en Europe, à toute montée en puissance russe a correspondu une réaction occidentale adaptée, il faut évidemment s’attendre à ce que l’Otan, sur le pied de guerre derrière l’armée ukrainienne, et peut-être même par endroits à ses côtés, réagisse de façon à ce que le rapport de force, qui commençait à basculer à l’avantage des Ukrainiens, tout au moins en termes d’effectifs, ne se renverse pas complètement. La mobilisation partielle russe semble d’ailleurs elle-même une réaction au retrait opéré au nord-est sous la pression de la contre-offensive ukrainienne. Les faits, cependant, autorisent une autre lecture. Il se peut que ce ne soit pas tant sous l’aiguillon de la contre-offensive ukrainienne que le président russe en est venu à décréter la mobilisation partielle que dans l’intention de disposer de forces supplémentaires le long d’une ligne de séparation qui s’était beaucoup allongée au cours de ces mois de guerre.

Et cela, d’une part pour permettre la tenue des référendums dans le Donbass, mais aussi à Kherson et dans la partie de Zaporijjia conquise, « libérée » comme dit Moscou, et de l’autre pour avoir les moyens de défendre ces territoires contre les attaques ukrainiennes, qui elles ne vont pas s’arrêter. La particularité de cette guerre, c’est que le camp ayant pris la responsabilité de la déclencher, est depuis quelque temps déjà passé à la position défensive, considérant que du moins ses objectifs territoriaux sont atteints, ou alors tout près de l’être. Ils le sont entièrement à Lougansk et à Kherson, mais ce n’est encore le cas ni à Donetsk ni à Zaporijjia. C’est, de ce point de vue, ce qui explique que l’initiative soit devenue ukrainienne. Ce n’est pas ce que pensent ni Kiev ni les capitales occidentales, pour qui un tournant dans la guerre s’est produit ces derniers temps, dû entre autres à l’armement supérieur dont dispose maintenant l’armée ukrainienne. Cet avantage ne serait justiciable ni de référendums ni d’une mobilisation, serait-elle générale. Grâce à l’engagement de l’Otan à ses côtés, au courage de ses soldats et à la bonne stratégie mise en œuvre par ses chefs militaires, mais aussi à la justesse de sa cause, l’Ukraine serait en train de bouter lentement mais sûrement l’envahisseur russe hors de ses frontières. Nous en saurons sans doute beaucoup plus à ce sujet dans les jours et semaines à venir. Reste que le conflit est en train de changer de visage. Il suffirait que l’Otan riposte à ces décisions russes par l’envoi de nouvelles armes à l’Ukraine, par exemple des missiles de grande portée. Qu’ensuite les bénéficiaires s’en servent pour bombarder à l’intérieur même de la Russie, une étape non encore franchie, pour que la guerre une fois de plus se transforme. Non pas en devenant autre chose, mais en s’approchant de ce que d’une certaine façon elle est déjà : une guerre directe entre la Russie et l’Otan, c’est-à-dire entre deux puissances nucléaires. Nous n’en sommes plus très éloignés maintenant.

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Le 28 Septembre 2022

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