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mardi 9 août 2022

Ceci n’est pas une révolution mais un hold-up

Pour la deuxième fois en une semaine, mais pour la troisième si l’on remonte à 2016, les partisans du chef politico-religieux chiite Moqtada al-Sadr, lui-même demeurant en retrait comme à son habitude, ont envahi le Parlement irakien, avec l’intention proclamée de ne pas en sortir avant que leurs revendications ne soient cette fois-ci satisfaites. La méthode est on ne peut plus révolutionnaire, de même d’ailleurs que les slogans scandés, néanmoins ceci n’est pas une révolution, mais juste une forme de négociation dans un Irak devenu ingouvernable depuis son invasion par l’armée américaine en 2003. Un gouvernement devrait être formé depuis octobre de l’année dernière, à l’issue d’élections anticipées sous l’aiguillon de manifestations s’étendant sur des mois, et qui elles déjà pouvaient sembler révolutionnaires, d’autant que le «changement de régime» était sinon son mot d’ordre principal, du moins celui qui les résumait tous et le mieux. Quelque dix mois plus tard, nul consensus n’a pu se forger dans une assemblée aux prises avec deux maux aussi terribles l’un que l’autre, alors qu’un seul suffirait à déchirer un pays quel qu’il
soit : l’extrême fragmentation politique d’une part, le communautarisme doublé de confessionnalisme d’autre part ; ni ne le pourrait à l’avenir selon toute apparence.

L’Irak, tel qu’il se présente depuis 2003, c’est-à-dire depuis le renversement de l’ancien régime, est à l’évidence ingouvernable, on ne le répétera pas assez. Et personne n’y peut rien. Il le resterait quand bien même les Etats-Unis l’envahiraient à nouveau pour restaurer le système politique qu’ils ont détruit gratuitement, par pur impérialisme, entendu qu’il ne les menaçait en rien. En politique comme dans la vie ordinaire, le vrai crime c’est celui qui est injustifié et injustifiable. Non seulement l’Irak ne s’est toujours pas remis de celui que les Etats-Unis ont commis à son endroit, mais tout indique qu’il n’est pas près de le faire, tout en gardant son unité. La Libye a elle aussi été victime d’un crime politique, dont on voit mal de moins en moins comment elle pourrait se relever. Chez elle un ressort est brisé, qui ne se reconstituera peut-être jamais. Depuis 2003, bien des élections se sont tenues en Irak, qui n’auront servi à rien. Il en sera probablement de même en Libye. Le courant majoritaire aujourd’hui en Irak, la mouvance sadriste, ne disposait, jusqu’à ce qu’il choisisse de se retirer du Parlement, que de 73 sièges sur un total de 329. Il s’est retiré d’une part parce qu’il n’est pas parvenu à imposer une majorité et un gouvernement, c’est-à-dire son hégémonie, et de l’autre pour laisser tout loisir à ses adversaires, pro-iraniens, d’en former un. Mais dès lors que ces derniers ont pressenti un proche de Nouri al-Maliki, l’objet de leur détestation, pour le poste de chef de gouvernement, ils ont vu rouge, et aussitôt déferlé sur la Zone verte, avant de prendre d’assaut le siège de l’Assemblée. Le plus remarquable chez eux, c’est leur discipline, leur obéissance au chef, qui pourtant ne se met pas à leur tête pendant l’action. Il fait même semblant de n’être quasiment pour rien dans ce qui se passe. Le problème avec lui, c’est qu’il n’est pas un révolutionnaire. C’est un agitateur, un trublion. Ce que ses adversaires ont tout l’air d’avoir compris d’ailleurs. Son but n’est pas de changer de régime, mais de le perturber jusqu’à le faire céder. Vœu pieux, parce que personne en Irak n’est disposé à faire des concessions, à lui comme à d’autres.

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