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vendredi 12 août 2022

Volonté

Alors que la Premier ministre française Élisabeth Borne a pris soin d’omettre le nom de la présidente du groupe Rassemblement National lors de son discours de politique général au Parlement, voulant démontrer que le «cordon sanitaire» était encore de mise autour de la droite nationaliste, d’autres, au sein même de son gouvernement, n’hésitent pas à se faire plus conciliants. De son côté, Marine Le Pen, avec ses 89 députés, compte bien peser de tout son poids en faveur des textes qui iront, selon elle, dans le bon sens. Elle l’a confirmé une fois de plus cette semaine en évoquant un cas concret. Si l’Assemblée Nationale était amenée à s’exprimer sur la proposition de Gérald Darmanin d’assouplir les conditions d’expulsion d’étrangers condamnés, alors la présidente du groupe dirait «oui», «cent fois oui». «Je vais être explicite : nous voulons permettre l’expulsion de tout étranger reconnu coupable d’un acte grave par la justice, quelle que soit sa condition de présence sur le territoire national». Voilà la volonté formulée par le ministre de l’Intérieur, lequel devrait porter une loi consacrée à la sécurité dans les mois à venir. «On signera des deux mains», s’est en réponse félicitée Marine Le Pen. «On va même améliorer son texte, à mon avis, pour lui permettre d’être plus efficace, d’être plus performant», a-t-elle poursuivi, ne voyant «aucune difficulté» à soutenir ce texte. «C’est dans notre projet depuis des années». Pour la députée du Pas-de-Calais, la démarche de Gérald Darmanin n’est certes pas assez ambitieuse. Mais elle reste «mieux que rien», même s’«il faut plus, beaucoup plus». «De toute façon, à chaque fois qu’on peut cranter vers quelque chose qui est positif, on crante vers quelque chose qui est positif», a-t-elle ajouté. Par cette approche, la candidate malheureuse de la présidentielle sait qu’elle peut à la fois mettre en difficulté l’exécutif, qui se refuse, pour le moment, à «compter» sur les voix du RN pour faire adopter des textes, et marquer un peu plus sa différence avec l’union de la gauche, davantage dans une opposition systématique. «La NUPES en réalité ne défend pas l’intérêt des Français. En fait, pour eux c’est secondaire. Ce qu’ils veulent, c’est faire sauter la République, faire sauter les institutions», a ainsi dénoncé Marine Le Pen, évoquant un «agenda idéologique» destiné à «ajouter du chaos et de la confusion». Alors que la gauche s’est déjà émue de cette proposition de Gérald Darmanin, le porte-parole du gouvernement, Olivier Véran, a précisé qu’il n’y avait pas, à ce stade, «de projet de loi qui soit sur la table». Il a rappelé que «la sécurité n’est pas l’apanage de la droite», et qu’un tel texte, s’il est présenté en Conseil des ministres, «sera par définition un objet politique dont l’Assemblée Nationale pourra s’emparer». Toutefois, le ballon d’essai lancé par plusieurs personnalités du camp présidentiel montre bien que l’idée d’une alliance ponctuelle, lorsque le sujet s’y prête, entre le camp présidentiel et le camp national n’a rien de saugrenu. Les simagrées de Borne et d’autres figures de LREM semblent être elles des gages donnés aux anti-frontistes chevronnés qui après avoir soutenu le président lors de sa campagne pourraient avoir du mal à accepter un travail en commun mené avec l’«ennemi» lepéniste. Mais la marge de manœuvre du gouvernement est aujourd’hui très réduite et une décision devrait être prise clairement, stipulant si la bonne volonté du RN est la bienvenue ou non.

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