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lundi 20 mai 2024

Vision

Après la crise migratoire, c’est à la crise écologique que le pape François s’attaque en exhortant une fois encore l’Occident à plus de contrôle. Les réactions au réchauffement climatique sont «insuffisantes alors que le monde (…) s’écroule», déplore le pape dans un texte publié hier, quelques semaines avant la COP28, les négociations sur le climat sous l’égide de l’ONU à Dubaï. Huit ans après son encyclique sur l’écologie intégrale «Laudato Si», le jésuite argentin appelle les grandes puissances à se prononcer pour une transition énergétique «contraignante» et «contrôlable». Dans cette exhortation apostolique de 12 pages intitulée «Laudate Deum» («Louez Dieu»), rédigée en espagnol et traduite en plusieurs langues, le pape François met aussi en garde face aux «opinions méprisantes et déraisonnables» des climatosceptiques, «même au sein de l’Église catholique». «Ces dernières années, de nombreuses personnes ont tenté de se moquer de ce constat», déplore-t-il, sur fond de prolifération de fausses informations relativisant le réchauffement climatique ou «ridiculisant» ceux qui en parlent. «Nous avons beau essayer de les nier, de les cacher, de les dissimuler ou de les relativiser, les signes du changement climatique sont là, toujours plus évidents», insiste le pape de 86 ans, jugeant «probable» l’explosion du nombre de migrants climatiques «dans quelques années». Dans ce texte de 73 paragraphes à la tonalité didactique, le pape insiste de nouveau sur les dégâts causés par «l’intervention effrénée de l’homme sur la nature» et fustige le «mode de vie irresponsable du modèle occidental», pointant notamment du doigt les États-Unis et la Chine pour leurs émissions de gaz à effet de serre. Le pape, qui a fait de la défense de la «Maison commune» l’un des thèmes récurrents de son pontificat depuis son élection en 2013, regrette que «la crise climatique (ne soit) pas vraiment un sujet d’intérêt pour les grandes puissances économiques, soucieuses du plus grand profit au moindre coût et dans les plus brefs délais possibles». Dressant le constat d’une «vieille diplomatie en crise», le chef de l’Église catholique appelle à «reconfigurer le multilatéralisme» alors que les objectifs de réduction des émissions carbone semblent de plus en plus difficiles à atteindre. En 2015, «Laudato si», un appel à la solidarité mondiale pour agir ensemble en vue de protéger l’environnement, avait déclenché un débat au niveau mondial, phénomène inédit pour un texte religieux. Quelques mois plus tard, une avancée significative avait été obtenue avec l’accord de Paris sur le climat dont l’objectif primordial est de maintenir la hausse de température en dessous de 2 °C. Mais la volonté du pape ces dernières années, d’intervenir de manière de plus en plus pressante dans les débats politiques de nations souveraines, cause aussi l’agacement de beaucoup qui estiment que le souverain pontife s’ingère de façon trop flagrante dans les affaires d’États. Le pape, le dirigeant du monde spirituel catholique, semble ainsi vouloir s’arroger à toute force un pouvoir temporel qu’il ne possède pas pour dicter à tous sa vision personnelle de ce à quoi le monde devrait aspirer.

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