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jeudi 25 avril 2024

Veto américain à la résolution algérienne pour un cessez-le-feu à Ghaza / Amar Bendjama : «Nous ne nous arrêterons pas»

Le nouveau veto opposé avant-hier par les Etats-Unis au projet de résolution présenté par l’Algérie au Conseil de sécurité des Nations unies appelant à un cessez-le-feu «immédiat» dans la bande de Ghaza, a suscité la consternation et une dénonciation de la part de bon nombre de pays qui y voient un «feu vert» à l’entité sioniste pour perpétrer davantage de massacres en Palestine occupée.

Par Par Lynda Naili

C’est pour la troisième fois, depuis le début de l’agression exterminatrice de l’entité sioniste contre Ghaza en octobre dernier, que les Etats-Unis torpillent une résolution sur l’obligation d’un arrêt des massacres contre la population ghazouie. A ce propos, dans une vibrante déclaration tenue à l’issue de la séance de vote, Amar Bendjama, représentant permanent de l’Algérie auprès de l’ONU, a, certes, exprimé son regret après ce nouvel échec du Conseil de sécurité à «s’élever à la hauteur des appels et aspirations des peuples». «Ce soir, nous enterrons nos martyrs en Palestine. Demain, l’Algérie reviendra au nom de la Nation arabo-musulmane et des hommes libres de par le monde, et avec nous, les âmes des milliers d’innocents assassinés par l’occupant israélien dans l’impunité la plus totale, pour frapper aux portes du Conseil et exiger l’arrêt du bain de sang en Palestine», a-t-il regretté. Et d’insister haut et fort : «Nous ne nous arrêterons pas tant que ce Conseil n’aura pas assumé son entière responsabilité et appelé à un cessez-le-feu, car notre volonté est de fer et notre détermination est inépuisable». Pour M. Bendjama, cet «échec qui ne le dispense pas d’assumer ses responsabilités, ni la communauté internationale de ses obligations envers le peuple palestinien désarmé, ni même les autorités d’occupation, du devoir de mise en œuvre des mesures conservatoires de la Cour internationale de justice (CIJ)». Poursuivant dans ce sens, M. Bendjama a réitéré
qu’ «il est grand temps pour que l’agression cesse et que nous puissions faciliter l’acheminement des aides humanitaires vers toutes les régions de Ghaza», soulignant «la nécessité de reconnaître que seul un cessez-le-feu permettrait d’atteindre l’objectif escompté».
En outre, citant une déclaration du Président Abdelmadjid Tebboune, M. Bendjama a soutenu que la situation actuelle impose à tout un chacun d’«œuvrer à porter haut les principes et les objectifs de l’ONU, d’assurer la protection nécessaire au peuple palestinien, et de mettre fin à l’injustice historique qu’il subit». «Les peuples de notre région considéraient et considèrent toujours le Conseil de sécurité comme étant le garant de la légalité internationale, mais malheureusement il les a déçus encore une fois», a-t-il déploré.

Un veto «irresponsable»
L’ambassadeur palestinien à l’ONU, Riyad Mansour, a fustigé le veto «irresponsable et dangereux» des Etats-Unis qui ont, une fois de plus, bloqué un projet de résolution du Conseil de sécurité exigeant un cessez-le-feu «immédiat» à Ghaza.
«Le message envoyé aujourd’hui aux sionistes par ce veto est qu’ils peuvent continuer à faire n’importe quoi en toute impunité», a-t-il lancé, dénonçant le «bouclier» fourni par les Américains à l’entité sioniste.
Le mouvement de résistance palestinien Hamas a indiqué dans un communiqué que le veto américain est un «feu vert» à l’entité sioniste pour perpétrer davantage de massacres et que cela ne fera qu’accroître la souffrance du peuple palestinien.
En outre, le Secrétaire général de la Ligue arabe, Aboul Gheit, affirmant que cette attitude «confirme à nouveau la responsabilité politique et morale de Washington dans la poursuite de l’agression sioniste contre la bande de Ghaza», a exprimé son «profond regret» que ce soit la troisième fois que les Etats-Unis adoptent une telle attitude depuis le début de l’agression sioniste, déplorant que «les positions américaines réduisent la crédibilité du système international et renforcent l’état de paralysie dont témoigne l’ONU».
L’Organisation de la coopération islamique (OCI) a elle aussi fait part de ses profonds regrets face à l’énième échec du Conseil de sécurité de l’ONU à adopter un projet de résolution visant à mettre fin à l’agression militaire brutale de l’entité sioniste contre la bande de Ghaza, relevant que cet échec reflète l’incapacité du Conseil de sécurité à maintenir la paix et la sécurité internationales.
De son côté, l’Arabie saoudite a souligné qu’«il était plus que jamais nécessaire de réformer le Conseil de sécurité pour qu’il s’acquitte de ses responsabilités en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales avec crédibilité et sans deux poids, deux mesures».
Un avis que la Jordanie, par la voix du porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Sufyan Al-Qudah, partagera tout en affirmant que «le Conseil de sécurité et la communauté internationale doivent désormais assumer leurs responsabilités» vis-à-vis de l’agression sioniste à Ghaza.

«L’opinion publique ne pardonnera plus»
Pour sa part, le représentant de la Russie à l’ONU, l’ambassadeur Vassili Alexievitch Nebenzia, réagissant à ce veto américain, a affirmé que les Etats-Unis, par leur attitude, continuent d’accorder à l’entité sioniste un «permis de tuer», soulignant que l’Algérie a mené «des discussions de bonne foi» pour adopter son projet de résolution, mais Washington continue d’insister pour que le Conseil de sécurité ne s’immisce pas dans les plans américains, et a également utilisé son droit de veto contre des projets de résolution similaires dans le passé. De ce fait, Il a appelé les membres du Conseil à «faire face au chaos exigé par Washington», soulignant que «l’opinion publique ne pardonnera plus au Conseil de sécurité son inaction».
De son côté, l’ambassadeur Zhang Jun, représentant permanent de la Chine auprès de l’ONU, a exprimé sa déception et son mécontentement quant au résultat du vote, estimant que le veto américain envoie un mauvais message, poussant Ghaza vers des situations encore plus dangereuses. Abondant dans ce sens, la porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Mao Ning, a souligné, au cours d’un point de presse, que «les Etats-Unis étaient encore une fois seuls à imposer leur veto, rendant la situation à Gaza plus dangereuse».
Pour le représentant permanent de la France, l’ambassadeur Nicolas de Rivière, «il y a une nécessité extrêmement urgente de parvenir, sans plus tarder, à un accord sur un cessez-le-feu garantissant à terme la protection de tous les civils et l’arrivée d’une aide d’urgence en grande quantité». Regrettant que le projet de résolution présenté par l’Algérie n’a pas été adopté, pour lui, «seule la solution à deux Etats peut répondre aux aspirations légitimes des Palestiniens à établir leur Etat». Un regret que partagera la représentante de la Suisse, Pascale Baeriswyl, qui a insisté sur la responsabilité du Conseil de sécurité de protéger les principes du droit international humanitaire et de protéger les civils. Elle a également souligné la nécessité de respecter les mesures temporaires émises par la Cour internationale de justice le 26 janvier. La représentante permanente du Qatar auprès des Nations unies, l’ambassadeur Alia Ahmed Bin Saif Al-Thani, a également exprimé ses regrets face à l’échec du Conseil de sécurité à adopter le projet de résolution présenté par l’Algérie et soutenu par le groupe arabe, et l’écrasante majorité des membres du Conseil, ajoutant que son contenu est conforme au droit international humanitaire.
Par ailleurs, aux Etats-Unis, le sénateur indépendant Bernie Sanders s’est dit «scandalisé» par l’attitude de son pays qui, de par son geste, se place en «complice» avec l’entité sioniste dans son agression contre des enfants et des civils sans défense. «Le monde entier nous regarde. Nous ne pouvons pas être complices de cette atrocité», a-t-il déclaré dans un message vidéo sur la plateforme X.
Rappelons que le Conseil de sécurité a échoué avant-hier à faire passer un projet résolution soumis par l’Algérie, membre non-permanent au Conseil de sécurité, pour un cessez-le-feu immédiat dans la bande de Ghaza, théâtre d’une agression génocidaire sioniste depuis le 7 octobre 2023. Présenté par l’Algérie, après plus de trois semaines de discussions, le texte a recueilli 13 voix pour, une abstention du Royaume-Uni et une contre, les Etats-Unis ayant opposé leur veto. Le texte s’opposait également au «déplacement forcé de la population civile palestinienne» et a plaidé pour la facilitation de l’acheminement des aides humanitaires vers Ghaza.

Processus de judiciarisation contre l’entité sioniste
Parallèlement aux efforts diplomatiques de l’Algérie en vue de mettre fin à l’injustice historique que subit le peuple palestinien, dans sa plaidoirie lors des audiences publiques ouvertes par la Cour internationale de justice auxquelles ont participé une cinquantaine de pays, Ahmed Laraba, professeur en droit international et membre de la Commission du droit international à l’ONU et représentant de la délégation algérienne à la CIJ , a déclaré que «l’Algérie est profondément convaincue que l’impunité est la première loi des oppresseurs. Notre fonction est de leur dire qu’il y a une loi et que celle-ci doit être respectée et que ce n’est pas une loi de vengeance, mais de justice, c’est dans état d’esprit que l’Algérie réitère les demandes qu’elle a exprimées dans ses écrits antérieurs».
L. N.

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