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jeudi 30 juin 2022

Vaincre Trump ne suffit pas, il faut aussi le condamner

S’étant assuré qu’il sera acquitté dans le procès en destitution à son encontre qui commence le 8 février, Donald Trump s’est empressé de se séparer d’une partie de son équipe d’avocats qui eux ne voulaient pas changer de ligne de défense au motif que sa condamnation n’aura pas lieu, ainsi qu’il le leur demandait. Il les remplacera par d’autres qui eux accepteront de porter l’accent non plus sur le vice de forme d’un procès de ce genre intenté contre quelqu’un qui n’est plus en fonction, mais sur la fraude massive et évidente dont il aurait été victime pendant l’élection présidentielle. On le voit, la meilleure défense pour lui, c’est encore et toujours l’attaque. Il voudrait transformer un procès qui lui est fait en un procès fait par lui et ses avocats à ce même camp qui ne se contenterait de rien de moins que d’une sentence de mort politique prononcée contre lui. Il y a quelques jours, les sénateurs républicains ont introduit une motion énonçant l’inconstitutionnalité de la procédure engagée contre lui, un subterfuge qui leur a permis de se compter avec précision. La motion a été rejetée, comme il était prévisible, mais avec la défection de 5 sénateurs républicains seulement, alors que pour le condamner à l’issue du procès à venir, il en faudra 17 qui ajoutent leurs voix à celles des démocrates.
On peut dire que dès ce moment les jeux étaient faits. Que Trump était acquitté avant même que le procès ait commencé. Dans ces conditions, pourquoi se défendre ? L’acquittement en poche, ou quasiment, il faut changer de tactique, attaquer au lieu de se défendre, commencer à retourner le procès contre ceux qui l’ont intenté. Et dès à présent lâcher ses sbires contre les 10 représentants républicains ayant voté l’impeachment, et les 5 sénateurs ayant rejeté la motion sur l’inconstitutionnalité du procès en destitution. Le symbole de ces «traîtres» est Liz Cheney, la fille de Dick Cheney le vice-président de 2001 à 2009, qu’il est urgent de harceler, tout à la fois pour la punir et pour donner à réfléchir à ceux des représentants et sénateurs républicains qui voudraient prendre exemple sur elle. L’acquittement de Trump, dont on voit mal comment il pourrait être évité, sera tout de suite interprété par lui-même et ses partisans comme la preuve que la présidentielle avait effectivement été truquée. Ceux des républicains qui sont sûrs du contraire, à l’image de Mitch McConnell, n’auront plus qu’à se taire ou qu’à se dédire. La présidence de Joe Biden commencera sous les plus mauvais auspices. Car il est bien évident que dès lors qu’il est dûment acquitté, Trump repartira en campagne, c’est-à-dire à la conquête de ce qu’il estime avoir perdu du fait de la seule «fraude», un discours que sa base électorale est déjà tout disposée à croire comme une parole d’évangile. Les démocrates avaient quatre années durant mis la victoire de Trump de 2016 sur le compte de l’interférence russe. Ils subiront un traitement pire au cours des quatre prochaines années s’ils ne parviennent pas à faire condamner Trump dans le procès qui s’ouvre dans une semaine. Mais si eux-mêmes n’étaient quand même pas allés jusqu’à assimiler interférence russe et fraude électorale, il en sera différemment pour Trump et ses partisans, qui eux les accusent de fraude, et pas de n’importe laquelle, mais d’une fraude massive et généralisée, pour employer une formule bien de chez nous. Pendant le mandat de Trump, les Etats-Unis ont vécu quatre ans d’une polarisation extrême, qu’on a pu qualifier de guerre civile à blanc. L’acquittement de Trump, si rien n’est fait pour l’empêcher, est de nature lui à mettre le feu aux poudres.

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