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lundi 27 juin 2022

«Une université entreprenariale pour la nouvelle Algérie» de Mekhlouf Azib: Enseignement supérieur, autopsie d’un marasme

Mettre le doigt sur la plaie. C’est à cet exercice que s’est adonné Mekhlouf Azib dans son essai «Une université entreprenariale pour la nouvelle Algérie». Ce livre de 202 pages, publié aux éditions Dalimen, a cette faculté de plonger le lecteur dans les méandres d’un «univers» peu connu, révéler ses défauts les plus intimes et ses échecs consommés mais camouflés.

Par Aomar Fekrache

A travers ce livre, le lecteur est imprégné du cheminement de l’université algérienne. L’auteur, qui a déjà occupé les postes d’enseignant/chercheur et recteur, offre de précieux éléments pour comprendre l’origine du marasme et cerner les enjeux actuels. L’ouvrage qui fait courageusement l’autopsie d’un système universitaire quasiment moribond, a le mérite de proposer, pour chaque volet traité, des solutions et se projeter dans un avenir prometteur.
A travers des chapitres touchant à tous les aspects liés au monde universitaire, son organisation et son fonctionnement, l’auteur traite l’Enseignement supérieur algérien sous tous les angles.
Cet essai, sans concession, qui véhicule le point de vue de l’auteur, est certainement subjectif, mais cela n’amoindrit aucunement de sa consistance et de sa valeur intellectuelle.
En survolant moult problématiques, sans malheureusement s’y attarder, ce livre dense et savant est une invitation à creuser davantage pour mettre l’université algérienne sur la voie de la compétitivité et de la performance.
Dès les premières pages, l’on apprend qu’en Algérie, l’implantation de certaines universités s’effectue sur «l’exercice de lobby politique dépourvu de toute logique et sens».
L’auteur, qui est un enfant du secteur, nous dira que la proposition d’introduction de pôle d’excellence n’a pas été suivie d’effets.
Exprimant son regret, il émettra le souhait que «les conférences nationales reprennent leurs véritables missions qui consistent à garantir des débats et des discussions responsables, transparents et libre sur la vie universitaire avec ses difficultés, ses succès et ses perspectives». Au-delà de son regard de ce que devait être un système universitaire réussi, Azib Mekhlouf, se voulant percutant et original, cite des témoignages poignants, qui renseignent sur un mal profond. «Un jour, un cadre demandait à un ministre en exercice : ‘’Pourquoi n’engagez vous pas la réforme des œuvres universitaires ?’’ ‘’Vous voulez que ça m’emporte’’, lui répond-il avec sincérité», relate-t-il. Plus loin, il affirmera, en connaissance de cause, que «les mutations et les évolutions des sociétés sont telles, que le système des œuvres universitaire actuel est devenu caduc et nécessite des adaptations urgentes». «…Transformer l’aide indirecte qui passe par les œuvres universitaires en aide directe sur la demande de l’étudiant», plaide-t-il, avant de suggérer de méditer des modèles d’universités étrangères. «La bourse doit être scindée en deux : une bourse sociale et une bourse de mérite», propose-t-il à juste titre. Plus pédagogique, il écrit en page 46 : «L’extrapolation du système LMD en Algérie a été faite de façon automatique, sans laisser la place à la moindre réflexion pour son adaptation aux conditions algériennes, que ce soit du côté université ou du monde économique». Il a, dans ce même chapitre, évoqué le poids de «manipulations politiques». Concernant l’épineux problème de financement, un chapitre sur lequel il s’est attardé, l’auteur indique : «Certes, aujourd’hui le seul bailleur de fonds du financement de l’université demeure l’Etat, mais le secteur économique public et privé, une partie prenante dans la consommation du produit de formation et de recherche de l’université».
L’auteur de «Une université entreprenariale pour la nouvelle Algérie» affirme, sans l’ombre d’un doute, dans le chapitre Formation : «Je peux avancer avec conviction et sans trop de risque d’erreur que 15 à 20 % du produit des universités algériennes est de qualité excellente et en mesure de rivaliser avec les produits des universités cotées et reconnues mondialement». Dans celui consacré à la Recherche, il dira : «Si en technologie l’Algérie accuse un retard, en intelligence elle n’a rien à envier aux autres». En d’autres termes, malgré les maux qui la rongent, l’université algérienne continue à donner des fruits et à véhiculer des lumières.
A. F.

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