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vendredi 12 août 2022

Une normalisation pour un pardon ?

Le sommet de Djeddah, réunissant le président Joe Biden aux représentants des membres du Conseil de Coopération du Golfe, avec la participation exceptionnelle de l’Egypte, de l’Irak et de la Jordanie, donnerait-il lieu à la «Déclaration de Djeddah», de même que le sommet israélo-américain qui l’a précédé a débouché sur la Déclaration de Jérusalem ? Si tel était le cas, les deux documents se recouperaient sûrement sur une disposition au moins, celle ayant trait au programme nucléaire iranien, ou plus exactement à l’engagement des Etats-Unis de ne pas laisser l’Iran le développer jusqu’à la mise au point de l’arme atomique. Israël et l’Arabie saoudite auraient d’ailleurs voulu plus : le démantèlement pur et simple de ce programme. Les deux pays avaient rejeté l’accord de 2015, dont ils n’étaient pas des parties. Ils réserveraient le même sort à toute autre forme qu’il revêtirait si les négociations sur le retour des Etats-Unis dans cet accord devaient se relancer et aboutir, ce qui est loin d’être évident. Un seul point les rapproche : leur hostilité irrémédiable commune à l’Iran ; à peu près tout le reste les sépare. En prévision de la venue de Biden, encore en Israël, et en gage de bonne volonté, les Saoudiens ont ouvert leur espace aérien aux avions civils israéliens.

Cela n’a pas suffi à détendrel’atmosphère lors de la réunion avec Mohammed Ben Salman. Joe Biden a fait état pour les journalistes de l’échange qu’ils ont eu sur le cas Khashoggi ; sur cette base, on ne peut pas dire qu’il régnait dans la salle une bonne atmosphère. Le président américain aurait renouvelé ses accusations à deux reprises : une première fois en introduisant le sujet, et une deuxième après que son vis-à-vis eut nié sa responsabilité dans cette affaire. Aux dires de Biden, il y aurait plus encore : l’avertissement clairement signifié par lui, suivant lequel nulle récidive ne serait tolérée à l’avenir. Elle entraînerait la réaction qui ne s’était pas produite antérieurement. Si Biden s’est vu obligé de donner tous ces détails désagréables pour ses hôtes saoudiens, c’est sans doute qu’il pensait n’avoir que de mauvais points à récolter dans son pays pour sa rencontre avec Ben Salman. Il laissait en même temps entendre que si cette dernière était évitable, il l’aurait évitée. S’il était passé d’Israël en Arabie saoudite, ce n’est pas pour se réconcilier avec le détenteur du pouvoir réel dans cette dernière, et profiter de l’occasion pour lui demander d’inonder le marché de pétrole, mais parce que les intérêts supérieurs des Etats-Unis et ceux de leurs alliés lui en faisaient un devoir. Le fait est que bien des indices montraient que la rencontre entre les deux hommes n’allait pas être des plus chaleureuses. On ne peut s’empêcher toutefois de penser à ce qu’elle aurait pu être si en plus d’ouvrir l’espace aérien de son pays aux avions israéliens, le prince héritier avait aussi annoncé l’établissement de relations diplomatiques avec Israël, achevant alors de faire couronner de succès l’effort américain destiné à normaliser la situation de son principal allié au Moyen-Orient dans son environnement immédiat. Le succès diplomatique remporté par Biden aurait été si grand qu’il aurait éclipsé celui de son prédécesseur, et peut-être rival à la prochaine présidentielle, lorsque celui-ci obtenait d’un coup plusieurs normalisations.

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