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mardi 9 août 2022

Une arme de destruction massive méconnue : les sanctions économiques

Le retrait d’Afghanistan, a tenu à préciser dernièrement l’administration Biden, sur ce point du reste en parfait accord avec la précédente, ne met pas seulement fin à la plus longue guerre menée par les Etats-Unis, mais à toute une période de leur histoire marquée par leur propension à intervenir militairement à l’étranger. A l’avenir désormais, ils n’enverront des troupes sur des théâtres situés hors de leurs frontières qu’en réponse à des attaques effectuées de l’extérieur, non pas contre tel ou tel de leurs intérêts, mais sur des cibles se trouvant sur leur propre territoire. C’est ainsi qu’ils n’hésiteraient pas à envahir une deuxième fois l’Afghanistan si à nouveau des attaques comme celles de 2001 étaient planifiées et exécutées depuis son sol. Seulement ce ne serait pas cette fois-ci pour y rester deux décennies. Le «state-building» c’est fini. Ils rappelleront leurs troupes dès que leurs objectifs de guerre sont atteints.

Mais si en dehors de cela, un ennemi s’en prenait quand même à eux, en attaquant leurs intérêts, ou en tuant leurs ressortissants, ou même seulement ceux de leurs alliés, il n’en sortirait pas indemne pour autant, qu’on le sache. Qu’il soit assuré qu’un jour ou l’autre, au moment où il s’y attendrait le moins, où qu’il se trouve alors, un raid aérien viendrait lui apporter la juste rétribution de ses actes anti-américains. Et s’il ne fait ni l’un ni l’autre, mais mène chez lui une politique contraire aux valeurs américaines, en réprimant son peuple par exemple, en violant les droits de l’homme, que les Etats-Unis se doivent d’abord à eux-mêmes de faire respecter à travers le monde, sans quoi ils ne seraient pas ce qu’ils sont, le leader du monde libre, sans doute ne sera-t-il ni envahi ni bombardé. Il n’empêche, il sera condamné… à des sanctions économiques, décidées par eux seuls, en rapport avec la gravité de ce qu’ils lui reprochent, et que rien ne saurait faire lever. La Syrie, l’Iran, le Venezuela (ils ne sont pas les seuls) en savent quelque chose, dont les économies sont au plus mal, pour avoir encouru leur colère, pour avoir fait des choses à leurs yeux particulièrement condamnables. Lorsqu’ils prennent des sanctions économiques, le monde entier est tenu de les appliquer. Tout pays qui passe outre s’en trouve sanctionné à son tour. Nulle échappatoire pour le contrevenant, à moins qu’il ne décide de se passer du dollar, la principale monnaie des échanges internationaux. Les Américains minimisent sous l’appellation de sanctions économiques ce qui est en réalité une véritable guerre destructrice des économies qui les subissent. La Syrie a gagné la guerre commencée en 2011, mais elle ne pourra se lancer dans sa reconstruction qu’à partir du moment où les Etats-Unis voudront lever les sanctions qu’ils lui ont imposées. Ce champ de ruines qu’elle est devenue, elle le doit autant à sa propre guerre civile qu’à la guerre économique que lui font unilatéralement les Etats-Unis. Non pas pour s’être attaquée à eux d’ailleurs, mais pour ses amitiés à leurs yeux coupables, principalement avec l’Iran, subsidiairement avec la Russie. La guerre économique est une arme de destruction massive dont les victimes sont les civils. A ce titre, elle est clairement un crime contre l’humanité. Mais comme elle est l’arme de prédilection des seuls Etats-Unis, il n’y a personne pour suggérer seulement qu’elle soit qualifiée comme telle, et par suite bannie des rapports entre nations. Elle tue incomparablement plus qu’un envahissement et les raids aériens. Et elle peut durer indéfiniment, les Etats-Unis n’ayant pas de troupes à envoyer puis à rappeler.

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