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mardi 16 août 2022

Un seul obstacle reste devant la résolution de la crise libyenne : la Turquie

La réouverture de la route côtière est-ouest, à la suite d’un accord entre les militaires au sein du Comité 5+5, est un grand pas de fait vers la résolution de la crise libyenne, qui n’a que trop duré. Cette réalisation a été saluée à l’intérieur comme à l’extérieur de la Libye, par les pays voisins comme par les plus grandes puissances, dans un concert d’applaudissements comme on en a rarement entendu de pareil. S’il existe aujourd’hui une crise sur laquelle il y a consensus mondial pour la dénouer dans les meilleurs délais, c’est bien elle, la crise libyenne. On chercherait longtemps avant de trouver un cas similaire, où le monde entier est au chevet d’un pays en désarticulé, veillant à son intégrité territoriale avant qu’il ne soit à même de s’en charger lui-même, lui tendant de tous côtés des mains secourables, exhortant ses protagonistes à surmonter au plus vite leurs divisions internes, à prendre de la hauteur dans les vues, à mettre l’intérêt suprême de leur pays au-dessus de toute considération partisane ou clanique, ou de quelque autre nature qu’elle soit. Aucun autre pays en crise, arabe ou non d’ailleurs, ne jouit d’une telle sollicitude de la part du reste du monde.

Ce n’est pas sur la Libye qu’on risque de voir une cassure au sein du Conseil de sécurité, ou tel membre permanent recourir à son veto. Toute résolution la concernant y passe au contraire comme une lettre à la poste. Tout le monde est d’accord pour que ce pays retrouve au plus vite sa place dans le concert des nations. Cet objectif est supposé devoir être atteint dès la fin de cette année, avec l’organisation d’élections générales, censées se tenir très exactement le 24 décembre, pas un jour d’avance et pas un jour de retard. C’est qu’il suffirait d’un rien, et même de trois fois rien, de changé par rapport à ce qui a été convenu entre tous, à Berlin, à Genève, et dans maints autres endroits, entre Libyens et non Libyens, pour que tout risque de tomber à l’eau. Pour que l’année s’achève sans que la crise libyenne ne soit réglée, définitivement réglée. Or, pour que tout se passe bien, trois conditions principales sont à remplir. Premièrement, l’arrêt des hostilités, c’est chose faite depuis octobre 2020. Deuxièmement, la réouverture de la route est-ouest, c’est maintenant fait. Troisièmement, le départ des forces étrangères et des mercenaires à la solde de l’un et l’autre camp. Et là-dessus, rien n’est encore fait. Pire encore, un pays de la région, ayant des soldats, mais également de pourvoyeur mercenaires, en Libye, ne semble pas du tout disposé à les rappeler. Ce pays est la Turquie, dont on se demande si par hasard elle n’a pas juré de faire capoter le processus de sortie de crise mis en œuvre en Libye par la communauté internationale, et si près d’aboutir qu’il soit maintenant. Il y a encore quelques heures, lors d’une communication téléphonique, les deux ministres des Affaires étrangères algérien et américain, ont rappelé l’importance du préalable que représente le départ des forces étrangères pour le dépassement de la crise libyenne. En effet, un pays occupé ne saurait s’exprimer librement. Il reste cinq mois d’ici à ce que ces élections décisives se tiennent. Il faut que ces forces étrangères soient parties bien avant. Or la Turquie en est encore à dire que ses forces présentes en Libye le sont en vertu d’un accord passé avec le gouvernement d’union nationale de Fayaz el-Serraj, lequel n’existe plus. C’est comme si elle disait que pour qu’elle les retire, il faudrait un deuxième accord en ce sens mais avec la même partie libyenne, qui elle est partie pour ne plus revenir. Comme quoi, elle ne pourrait les rappeler quand bien elle le voudrait.

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