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mercredi 29 juin 2022

Un procès aussi absurde que nécessaire

Plus les Etats-Unis se rapprochent de la tenue du procès en destitution de Donald Tump, fixée comme on sait au 8 février, plus s’accroît dans une bonne partie de l’opinion américaine le sentiment d’étrangeté, ou pire encore d’inconvenance, qu’il y a à vouloir à tout prix évincer quelqu’un d’une fonction qu’il a cessé d’occuper. Déjà qu’il n’y a pas eu beaucoup de procès de ce genre dans toute l’histoire de ce pays auxquels se référer. Qui plus est, les deux qui se soient réellement tenus, celui d’Andrew Jackson en 1868 et celui de Bill Clinton en 1998, n’ont pas abouti. Quant à celui de Richard Nixon, à la suite du scandale du Watergate, il n’a pas eu besoin d’avoir lieu, le mis en cause ayant en quelque sorte préféré faire faux bond à ses juges en présentant sa démission. Les avocats de Trump pourraient alléguer ce précédent pour montrer que ce genre de poursuite judiciaire devient sans objet dès lors que l’accusé n’est plus en fonction. Pour Trump, en effet, ce qui est recherché par ses adversaires politiques et accusateurs, ce n’est pas le révoquer, c’est l’empêcher de prétendre à autre mandat que celui ayant déjà expiré. Si sous le choc qu’a constitué l’insurrection ponctuelle du 6 janvier contre le Capitole, il s’en est trouvé des dignitaires républicains pour reconnaître clairement la responsabilité de Trump dans son déclenchement, et pour paraître par suite tout disposés à voter le moment venu sa destitution par le Sénat, ils sont bien silencieux aujourd’hui, quand ils ne se sont pas dédits purement et simplement, comme Kevin McCarthy le leader républicain à la Chambre des représentants.

Dès à présent il semble qu’il ne reste plus chez les républicains, que Mitch McConnell, le premier des leurs sénateurs, pour s’en tenir à sa première position, qui est qu’il se déterminerait suivant les arguments des deux parties et sa conscience. Une déclaration qui au moment où elle était faite semblait comporter une condamnation par avance de Trump, mais qui gagnerait à être renouvelée pour conserver la même signification. Or la dernière fois que McConnell a parlé, c’était pour demander que le procès soit retardé pour permettre à l’accusé de s’y préparer. Ce n’est pas là précisément le genre de paroles que les démocrates attendaient de lui. Trump ne sera condamné qu’avec l’apport de dix-sept voix républicaines. Il ne le sera pas en revanche s’il en manque une seule au moment du vote. Si les démocrates tiennent tant à ce procès absurde, c’est parce qu’ils se sont fait une idée exacte de sa nuisance, tant pour eux que pour, pensent-ils, leur pays. Quelqu’un qui en tant que président a fait envahir le Capitole par une bande de ses partisans est en effet dangereux. Si les voies ne lui sont pas fermées dès à présent de pouvoir dans quatre ans redevenir président, non seulement il n’y aura pas de réconciliation entre Américains, mais leur polarisation ne fera que croître. Les deux camps ne sont pas aujourd’hui, en dépit de leur polarisation, sur des postions inconciliables s’agissant des grandes questions de l’actualité. Pour parler un langage gramscien, ils ne sont pas l’un vis-à-vis de l’autre dans un équilibre catastrophique, il s’en faut. Les terrains d’entente existant entre eux, qu’il s’agisse des questions de politique interne ou de la place des Etats-Unis dans le monde, sont bien nombreux que leurs divergences, celles-ci d’ailleurs étant à peine perceptibles vues de l’extérieur. Mais entre eux se place un génie et un forcené de la division, dont de plus on ne peut pas dire s’il en est la cause ou seulement le symptôme.

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