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dimanche 26 juin 2022

Un pays un gouvernement

La tentative avortée du gouvernement de Fathi Bashagha, désigné par la Chambre des représentants, d’entrer, il y a de cela une semaine, dans Tripoli pour y prendre ses fonctions a été selon toute apparence une expérience concluante. Elle l’a été d’autant plus qu’elle était la deuxième du genre, la première ayant été mise en échec des semaines auparavant, et alors à bonne distance de Tripoli, à la source pour ainsi dire. Comme il n’y aura probablement pas une troisième, en raison notamment du refus réitéré de Bashagha et de ses partisans de ne pas chercher à s’imposer par la force, on peut dire que le problème posé par l’existence de deux gouvernements, l’un dirigé par Abdelhamid Dbeibah, occupant à Tripoli les bâtiments du gouvernement, et l’autre sans domicile fixe emmené par Bashagha, lui du moins est résolu. Bien que le gouvernement refoulé de Tripoli ne se soit pas encore prononcé sur ses intentions suite à sa mésaventure, on peut estimer d’ores et déjà qu’il est sans avenir. Ce serait pourtant une erreur de croire que la Libye se porte mieux maintenant qu’il n’existe qu’un seul gouvernement, de surcroît celui-là même qui est reconnu par la communauté internationale. Le gouvernement rival, ou parallèle comme il est dit parfois, l’aurait vraisemblablement été tout autant si le gouvernement Dbeibah lui avait cédé la place.

Mais dès lors qu’il s’y était refusé, il ne restait plus que la manière forte pour l’en déloger, un moyen auquel il n’entrait pas dans l’intention de ses adversaires de recourir. C’est là d’ailleurs un point remarquable dans cette crise : ses protagonistes ne s’entendent sur rien sauf sur le respect du cessez-le feu, en vigueur pour sa part depuis octobre 2020. Partout ailleurs que dans ce pays, le plus difficile dans une crise politique, ce serait justement de parvenir à l’arrêt des affrontements. A partir de ce moment, en effet, les conditions sont réunies pour l’élaboration d’une solution politique. Ce n’est pas ainsi que cela se passe en Libye, où l’on s’accorde sur le rejet de la violence mais où l’on se garde bien de désarmer, ou même seulement de relancer la négociation. A la fin de l’année dernière, une fois qu’il fut admis que les élections prévues n’auraient pas lieu, le gouvernement Dbeibah, dit d’unité nationale, ce qui est tout de même un paradoxe, s’était engagé à en organiser d’autres avant la fin supposée de son mandat, laquelle de son point de vue courrait jusqu’à juin de cette année. En juin, on y est justement, mais pas d’élections en vue de quelque côté que l’on porte le regard. Or son mandat ne comporte en fait qu’un seul point, celui de faire tenir des élections, à l’issue desquelles il devra s’effacer devant le gouvernement élu. C’est là justement que l’attendent ses adversaires, certains qu’il échouera de nouveau dans cette tâche non moins que la première fois. Ses adversaires semblent d’ailleurs déjà se consoler de leur déconvenue de la semaine dernière, dans
l’idée que de toute façon ceux qui les ont forcés à quitter Tripoli ne pourront jamais remplir la mission qui leur a été confiée par l’ONU : redonner la parole aux Libyens pour qu’ils puissent choisir librement et leurs gouvernants et le système dans lequel ils entendent être gouvernés.

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