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lundi 25 octobre 2021

Un impeachment pour empêcher le retour de Trump

A moins maintenant de dix jours de l’investiture de Joe Biden, et par conséquent de la fin du mandat de Donald Trump, les démocrates de la Chambre des représentants ne considèrent pas qu’il soit inutile de lancer une deuxième procédure d’impeachment à l’encontre de ce dernier, malgré le risque qu’elle échoue comme la première. Au moins pour ces deux raisons, que sont le peu de temps qu’il reste à Trump pour quitter ses fonctions et l’incertitude qui l’entoure, cette entreprise semble déraisonnable. Elle l’est en effet si on prend pour argent comptant le but allégué par ses initiateurs : faire sortir le sortant plus vite que ne le permettrait le calendrier, quand cela ne serait que de quelques heures, au vu de la gravité des événements dont on le rend responsable au premier chef : l’envahissement du Capitole par ses partisans survenu le 6 janvier, quelque chose que les Etats-Unis ne sont pas près d’oublier. Elle cesse en revanche d’être inutile ou absurde si on ne s’en laisse pas conter par les démocrates, qui en réalité ne cherchent pas tant à réduire d’un jour ou de deux le mandat de leur ennemi numéro un qu’à le mettre à jamais hors d’état de leur nuire. Un impeachment mené à son terme, même après que le mis en cause est parti, l’empêchera de prétendre à un nouveau mandat comme président des Etats-Unis, et même à quelque mandat que ce soit.

Par rapport à cet objectif, évidemment non déclaré, une procédure en apparence aussi lourde que l’impeachment présente des avantages certains. Et d’abord elle vaudrait mieux que passer les quatre prochaines années à le contenir et à polémiquer avec lui, avec pour inévitable effet pernicieux dans ce cas de le maintenir à flot, de contribuer malgré soi à en faire un candidat possible pour son camp à la présidentielle à venir. Un impeachment réussi mettrait plus sûrement fin, si ce n’est absolument, à sa carrière politique. Il ferait tourner la page Trump, et du même coup ouvrirait l’horizon. Mieux encore peut-être, il ferait que le mandat de Biden soit réellement consacré à autre chose qu’à empêcher le retour de Trump. A la lutte contre la pandémie, par exemple, à la relance de l’économie, à la résolution des problèmes internationaux les plus épineux et les plus dangereux, comme la crise du programme nucléaire iranien, la menace représentée par l’arsenal nucléaire nord-coréen, la poursuite de la guerre commerciale avec la Chine, un point sur lequel les deux administrations, la sortante et sa remplaçante, semblent d’accord en effet, sinon dans le détail du moins quant à l’essentiel. Avec un Trump politiquement actif et toujours chef de son camp, les démocrates ne seront pas tant au pouvoir que sur la défensive, quatre années durant. Ce mandat d’ailleurs ne sera plus de quatre ans mais seulement de deux si les républicains reprennent le contrôle du Sénat lors des élections de mi-mandat, dût Biden rester jusqu’au bout à la Maison-Blanche. Avec un Trump en campagne incessante, parcourant l’Amérique, ne quittant un meeting que pour se rendre à un autre, Biden pourra dire adieu à son projet de réconcilier les Américains. Une voix donnera constamment le ton, celle de Trump, et la sienne qui sera fatalement à la traîne, occupée à la contredire, à la dénoncer. L’initiative appartiendra de bout en bout à celui des deux qui a le plus
d’énergie physique en réserve et le moins de scrupule dans le mensonge. La partie sera forcément inégale. Voilà pourquoi les démocrates n’attendent même pas le 20 janvier pour tenter de faire en sorte que cette partie n’ait jamais lieu. Y parviendront-ils ? C’est toute la question.

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