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mardi 27 septembre 2022

Un crime signé

Si les services spéciaux israéliens, les SS israéliens autrement dit,  avaient voulu juste punir la chaîne al-Jazeera en tuant un ou plusieurs de ses journalistes ce 11 mai à Jénine en Cisjordanie, ils s’y seraient pris de façon à pouvoir ensuite nier que telle fût leur intention, ou même que ce fût eux les coupables. A la façon dont ils ont liquidé Shirin Abou Aqleh,  une journaliste admirable à la fois professionnellement et humainement, il est clair au contraire qu’ils tenaient autant à commettre un crime qu’à le signer. On peut même aller plus loin et dire que ce crime était prémédité, que leur victime  a été attirée dans un guet-apens, c’est-à-dire à l’angle  précis, sous l’arbre même où ses assassins avaient prévu qu’elle viendrait non pas se mettre à l’abri, mais au contraire se mettre en évidence pour éviter d’être prise pour cible, et où l’attendaient des snipers prépositionnés pour elle.  A cette coïncidence dans l’espace, il faut ajouter la coïncidence non moins éloquente dans le temps : l’assassinat de Abou Aqleh survient en effet une année après la destruction par l’aviation israélienne du bâtiment dans Ghaza qui hébergeait les locaux de la chaîne  qatarie  avec ceux d’autres médias. Ce que les Israéliens n’avaient pu faire à ce moment, peut-être en raison seulement de la présence sur les lieux de journalistes autres que ceux d’Al-Jazeera, ils ont décidé de le réaliser en mai de cette année. La chaîne qatarie est tombée dans un piège qui lui était tendu, mais où, il faut bien le dire, sa propre nature la portait, on dirait irrésistiblement. Si elle avait retenu les leçons du passé, sa journaliste serait probablement aujourd’hui encore en vie. Le but des services spéciaux israéliens était double : d’une part la punir, elle en premier, de l’autre la terroriser suffisamment pour lui faire changer de ligne dans sa couverture des événements de Palestine, à défaut de la faire partir. S’ils ont réalisé le premier, il ne semble pas qu’ils puissent en faire de même s’agissant du deuxième. Une grande chaîne arabe comme elle, l’une des plus grandes dans le monde, si ce n’est la plus grande, n’a aucun avenir si elle n’est pas présente en Palestine pour témoigner des souffrances du peuple palestinien.  Rien donc ne l’en fera partir. Elle a perdu des journalistes avant Abou Aqleh, elle en perdra hélas après elle. Al-Jazeera a déjà dépassé son modèle CNN, comme on peut le voir dans son implication en Ukraine, plus importante que celle de toute chaîne du même calibre qu’elle, américaine ou autre. Il n’y a pas qu’en Palestine qu’elle rencontre des problèmes. Elle en a partout dans le monde arabe où des crises ont éclaté. Sa force de frappe est telle que ses bureaux  y sont fermés en urgence. Ailleurs, comme en Palestine et en Syrie, elle est une cible, de même que si elle était une partie au conflit. Il semble même  qu’elle ait perdu plus de journalistes en Syrie qu’en Palestine. Aujourd’hui ses bureaux sont fermés en Tunisie, ce qui  ne l’empêche pas d’y exercer son métier d’agitateur professionnel, son art de la déstabilisation au nom de valeurs dont on ne voit pas qu’elles soient celles de son propriétaire, l’Etat du Qatar. Celui-ci a obtenu  au moment où commençait la guerre en Ukraine le titre très envié de meilleur allié des Etats-Unis en dehors de l’Otan, une distinction qui jusque-là semblait appartenir en propre à un autre Etat, celui d’Israël.

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