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mercredi 22 mai 2024

Un air de déjà vu mais dans un contexte mondial tout différent

Réunis dimanche à Abuja capitale du Nigéria suite au coup d’Etat au Niger, les chefs d’Etat de la Cédéao, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest, ont donné un ultimatum d’une semaine aux putschistes pour restaurer l’ordre constitutionnel, libérer le président Mohamed Bazoum et eux-mêmes se replacer aussitôt sous son autorité, la seule qui soit légitime à leurs yeux. En attendant que cela soit fait, un blocus économique et financier est décrété contre le Niger, lequel ne sera levé que lorsque ces conditions seront satisfaites. Donner un ultimatum et promettre aux récalcitrants potentiels l’emploi de la force à leur encontre dans le cas d’un refus de leur part d’obtempérer, c’est en réalité une seule et même chose. De fait, la Cédéao se réserve explicitement le droit de recourir à la manière forte, ce qui d’ailleurs ne serait pas la première fois, s’il s’avérait que le nouveau pouvoir à Niamey est complètement sourd à ses injonctions. Il était question ici même l’autre jour du spectre de l’intervention étrangère au Niger.

Voilà que cela se précise, sauf que c’est dans des termes assez différents de ceux qui sont en train de prendre forme que cette intervention était alors envisagée. Cette intervention ne serait pas occidentale en effet, mais selon toute vraisemblance africaine, même si le cas échéant elle bénéficie du soutien des pays occidentaux, France et Etats-Unis tout particulièrement, les deux étant militairement présents au Niger, si jamais les Etats de la Cédéao étaient en fin de compte obligés de la déployer. Si en effet dans les jours qui viennent, le nouveau pouvoir nigérien n’a pas fait amende honorable comme cela lui est demandé de tout côté, on voit mal ce que l’organisation régionale dont le Niger, en même temps que le Mali et le Burkina Faso, est membre, peut faire pour ne pas recourir à la force contre les putschistes. Cela dit, on ne peut pas ne pas relever la différence d’approche dont la Cédéao fait preuve en l’occurrence par rapport aux cas précédents, au Mali et au Burkina Faso. Pourquoi le recours à la force au Niger mais ni au Mali ni au Burkino Faso dans un passé encore récent, alors que les trois situations sont à bien des égards similaires ? Jusqu’à présent, il est vrai, son attitude est pour l’essentiel la même que par le
passé : elle a pris des sanctions, suspendu l’Etat contrevenant aux règles communes, et elle n’exclut pas de faire plus si le besoin s’en fait sentir. Il n’en reste pas moins qu’il n’en sera pas de même si une action militaire est finalement décidée. Si les justifications de cette dernière ne se trouvent pas dans la spécificité du putsch en question, où seront-elles sinon dans un contexte international qui lui en revanche a beaucoup changé. Les putschs maliens (puisqu’il il n’y en a eu deux) et burkinabé se sont produits alors que la Russie, bien que déjà en train de retrouver ses marques dans le Sahel, et plus généralement sur le continent, n’était pas encore entrée en guerre contre l’Ukraine, et par la même occasion contre l’Otan. Aujourd’hui, il y a cette guerre. C’est elle qui fait que le putsch au Niger, en soi si ressemblant à ceux qui l’ont précédé dans le Sahel, nécessite une approche différente. La France a perdu ses bases au Mali, puis elle a dû s’en aller du Burkina Faso. Si elle doit aussi se retirer du Niger, où ira-t-elle ? Elle peut dire ce que la Russie avait dit à la veille de son invasion de l’Ukraine : je n’ai plus d’espace où reculer.

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