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lundi 20 mai 2024

Trump, le faiseur de paix ?

En apparence rien n’a changé pour Israël depuis qu’il a osé assassiner sept membres de l’organisation humanitaire World Central Kitchen. Il continue de bombarder la population de Ghaza comme auparavant, et les Etats-Unis n’ont pas arrêté leurs livraisons d’armes, la meilleure preuve qu’ils lui conservent tout leur soutien. Seulement on peut se demander pour combien de temps encore, une question qui ne se posait pas avant qu’il ne commette la «tragique erreur», victime de l’idée qu’il pouvait toujours tout se permettre à Ghaza et en Cisjordanie, les Etats-Unis étant tout aussi intéressés que lui à ce qu’il remporte la guerre. Il a juste oublié qu’il y avait aussi aux Etats-Unis une sorte de guerre, que les démocrates au pouvoir ne pourraient perdre sans que ce soit pour eux la fin de tout. Quand lui commet un crime à Ghaza, et que le monde s’en indigne, l’administration Biden elle voit croître le nombre de ses électeurs mécontents qui menacent de s’abstenir le 5 novembre, alors que pour gagner contre Donald Trump et les Républicains, elle a besoin de la mobilisation générale, de l’union sacrée. Cependant elle n’a pas encore entièrement désespéré de lui.

Elle continue de croire qu’il peut s’amender, et en particulier de faire ce qu’elle lui demande non sans insistance depuis un certain temps : arrêter la guerre, conclure un accord avec le Hamas, abandonner tout projet de reprendre Ghaza pour y réinstaller des colonies. Sans doute ne lui dit-elle pas, en tout cas pas encore : arrête la guerre parce que tu l’as déjà perdue, autrement tu vas commettre d’autres crimes, et finir de la sorte au ban du monde, en tant qu’Etat devenu tout simplement infréquentable. Mais d’ici à ce qu’elle se mette à lui tenir ce discours, il n’y a peut-être pas loin. Tout dépendra à cet égard de Trump, qui déjà laisse clairement entendre qu’Israël a perdu la guerre, mais qui pourrait aller plus loin, annoncer par exemple qu’il mettrait fin à la guerre s’il était élu le 5 novembre, et qu’elle n’était pas encore terminée. S’il sautait le pas, cela ferait deux guerres qu’il s’engage à faire cesser s’il était élu. Pour qui suit de près la campagne de Trump, pareille évolution n’est pas impossible. Reste que l’administration Biden elle-même en est venue à faire pression sur Israël, ou plus exactement sur son Premier ministre, pour l’obliger à passer un accord avec le Hamas, c’est-à-dire faire la paix avec lui. Et ce, non pas dans un horizon plus ou moins lointain, mais bien dans le court terme, autant dire dans l’immédiat. C’est le grand changement intervenu dans l’attitude américaine, lequel semble une conséquence directe de l’assassinat des 7 humanitaires, mais qui en réalité a eu le temps de prendre forme puis de s’imposer. Pour les Américains, une guerre qu’Israël n’a pas gagnée au bout de six mois, une période pendant laquelle il a pu se livrer à toutes sortes de crimes possibles, c’est une guerre qu’il ne gagnera jamais. Ils se gardent toujours de le dire en des termes aussi directs, mais pour peu qu’on leur prête une oreille attentive, on s’aperçoit que tel est bien leur sentiment aujourd’hui. L’administration Biden veut la paix dans l’immédiat, quitte à ce que la guerre reprenne plus tard, lorsque sera passé le danger de perdre le pouvoir face à quelqu’un qu’elle estime bien plus dangereux pour elle que le Hamas et Poutine réunis : Donald Trump.

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