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vendredi 18 juin 2021

Trump ce dangereux paradoxe

Le paradoxe de Trump, ce qui en fait un cas vraiment à part dans la classe dirigeante américaine, c’est qu’il est aujourd’hui plus fort au sein de sa famille politique qu’il ne l’avait été lorsqu’il était encore président des Etats-Unis. En 2016, il avait été le candidat républicain envers et contre l’establishment de son parti, auquel il s’était imposé grâce au soutien de la base qui dès le départ de la campagne électorale lui était acquis. Aujourd’hui, alors qu’il vient de perdre une élection majeure, la présidentielle de 2020, ce qui en principe devrait l’affaiblir, même le réduire au silence, son emprise sur le parti s’est au contraire renforcée. La poignée de figures républicaines qui le contestent encore, à l’image de Liz Cheney, sont en train de traverser une mauvaise passe. La représentante du Wyoming pourrait bien dès aujourd’hui être déchue de sa place de numéro 3 de la minorité républicaine à la Chambre pour être remplacée par une autre femme mais qui pour sa part est une trumpiste pur jus. Liz Cheney, la fille du vice-président sous George Bush, n’a pourtant rien d’une libérale, c’est même une ultra à sa manière. Pour reprendre un langage en cours aujourd’hui en France, elle serait à classer dans la droite extrême, qui est censée être différente de l’extrême droite.

Pour qui douterait qu’il y ait une différence réelle entre deux courants si proches qu’ils sont désignés par la même appellation, à la permutation des vocables près, il n’y aurait qu’à regarder du côté de Cheney au sein des républicains, laquelle ne veut rien avoir à faire avec Trump et ses partisans. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à ne plus se reconnaître dans un parti où elle est tombée toute petite. Mitt Romney, un autre républicain de souche, sénateur de l’Utah, n’est pas dans une situation plus enviable. Il n’a pas pu dernièrement faire son speech anti-trump lors d’une convention républicaine locale, ayant été copieusement hué par la salle quand ce fut son tour de monter à la tribune. Un autre point que ces deux caciques de naissance ont en commun, c’est que ce sont des battants, comme tels ne voulant ni accepter le nouvel ordre trumpiste ni claquer la porte du parti. Tous deux en effet croient encore pouvoir redresser le cours de ce dernier, empêcher son basculement définitif dans l’extrême droite. Au fond, il en est des républicains en tant qu’ensemble politique comme de Trump lui-même. Au départ, en 2016, il n’était qu’un conservateur moyen, plus entreprenant, plus fortuné, ambitieux, homme des médias qu’un autre sans doute, cependant rien moins que le chef des républicains, que d’ailleurs il venait à peine de rejoindre. Aujourd’hui il n’est pas seulement leur chef, il est également celui de l’extrême droite, qu’il est parvenu à fédérer derrière lui. C’est dire si le combat des Cheney et des Romney est perdu, du moins pour l’heure. Pour que les républicains retrouvent leur âme, comme les en conjure Chenez, devenue le symbole de la résistance à Trump, qui leur explique dans une tribune retentissante qu’ils sont à un tournant, il faudrait qu’une sorte de coup de massue leur tombe sur la tête qui leur dessille les yeux, mais qui pourrait bien sûr tout aussi bien les achever. Le sursaut salutaire ne saurait venir que d’un deuxième échec électoral imputable quant à lui entièrement à la prédominance de Trump et de sa famille en leur sein. Cette libération surviendrait peut-être, mais pas dans l’immédiat. Il faudrait attendre pour cela les élections de mi-mandat, et que les républicains les perdent en long et en large, comme jamais auparavant, et sans possibilité d’en tenir la fraude pour responsable. Alors seulement ils se retourneraient contre Trump. Mais si d’aventure c’est le contraire qui se produisait, ce n’est pas seulement les conservateurs bon teint qui seraient définitivement balayés, mais les démocrates eux-mêmes n’en réchapperaient pas.

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