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samedi 25 juin 2022

Tribune

Depuis quelques années en France, plusieurs militaires, en exercice ou en retraite, n’hésitent pas à s’exprimer pour tirer la sonnette d’alarme face à une situation sécuritaire de plus en plus inquiétante. Il y a quinze jours, une vingtaine d’ex-officiers de l’armée française ont ainsi publié une tribune dénonçant le «délitement» de la France et se disant prêts à «soutenir les politiques» qui œuvreront contre. Une publication qui aujourd’hui provoque l’émoi au sein de la classe politique en commençant par plusieurs ministres du gouvernement. La ministre des Armées, Florence Parly, exige même des sanctions contre les militaires signataires de ce texte. «Pour ce qui concerne les militaires qui ont enfreint le devoir de réserve, bien entendu, des sanctions sont prévues, et j’ai donc demandé, pour ceux qui seraient parmi les signataires signalés, des militaires d’active, au chef d’état-major d’appliquer les règles qui sont prévues dans le statut des militaires, c’est-à-dire des sanctions», a-t-elle déclaré lundi sur la radio France Info. «Ce sont des actions qui sont inacceptables», a martelé Florence Parly après avoir déjà fustigé dimanche une «tribune irresponsable». Pour les militaires retraités signataires, également «astreints à un devoir de réserve», des sanctions sont aussi possibles, a-t-elle relevé. Elle a rappelé le cas du général Christian Piquemal, ancien patron de la Légion étrangère et également signataire de la tribune, qui avait été radié en 2016 des cadres de l’armée pour avoir participé à une manifestation interdite contre les migrants à Calais. La tribune, publiée par Valeurs actuelles le 21 avril et signée par «une vingtaine de généraux, une centaine de haut gradés et plus d’un millier d’autres militaires», appelle le Président Emmanuel Macron à défendre le patriotisme. Ces militaires dénoncent le «délitement» qui frappe, selon eux, la patrie et se disent «disposés à soutenir les politiques qui prendront en considération la sauvegarde de la nation». Marine Le Pen, candidate à la présidentielle de 2022, les a aussitôt invités à «se joindre» à elle, ajoutant à la polémique. La présidente du Rassemblement National a affirmé hier qu’elle ne regrettait «absolument pas» son soutien et qu’elle déplorait «la fermeté» du gouvernement à leur égard. «Ces militaires, ils savent très bien comment ça se passe quand les politiques ne font pas leur travail, ne font pas respecter la Constitution. À un moment donné, la situation est si grave qu’on en appelle à l’armée», a expliqué Marine Le Pen sur France Info. Ces militaires «viennent dire qu’il faut faire appliquer les lois et que la situation du pays est terriblement inquiétante. (…) Les zones de non-droit, la criminalité, la haine de soi, le refus du patriotisme par nos dirigeants sont des éléments de délitement de la nation», a estimé la dirigeante d’extrême droite. «Je leur réponds que je partage leur affliction, leur constat, et que ces problèmes se règlent par la politique et par un projet politique validé par les Français dans un cadre évidemment démocratique», a-t-elle ajouté. Les réactions des membres du gouvernement sont toutefois étonnantes et interprètent abusivement ce texte pour lui faire dire ce qu’il ne dit pas. Et les cris d’orfraies face aux inquiétudes des signataires de la tribune sont d’autant plus surprenants qu’Emmanuel Macron lui-même mettait en garde dès 2019 contre un risque de «guerre civile» et que Gérard Colomb, au moment de quitter le ministère de l’Intérieur, se montrait tout aussi pessimiste sur l’avenir de la France.

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