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mardi 27 septembre 2022

Transgression 

Si la Grèce à connue ses dernières années son lot d’épreuves, entre la terrible crise économique qui l’a poussée au bord de la faillite et qui a vu des millions de ses citoyens perdre tous leurs biens, et la récente crise territoriale qui l’oppose à la Turquie, une nouvelle affaire ébranle aujourd’hui le pays. En effet, le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis est englué dans un scandale d’espionnage présumé touchant le chef de l’opposition socialiste, Nikos Androulakis, ainsi que deux journalistes. Vendredi dernier, le Premier ministre a ainsi dû accepter deux démissions, et non des moindres : celle de Grigoris Dimitriadis, son bras droit et neveu, ainsi que celle du chef des services secrets, Panagiotis Kontoleon, officiellement pour « erreur de gestion dans les écoutes téléphoniques ». Le chef du gouvernement, acculé, a qualifié la semaine dernière d’« erreur » « politiquement inacceptable » la surveillance d’un chef de l’opposition de gauche. Deux démissions, dont celle du chef des services nationaux du renseignement (EYP), ont porté au début du mois un coup majeur à son gouvernement après la révélation de la surveillance par le logiciel malveillant Predator du téléphone portable de Nikos Androulakis, eurodéputé et chef du parti du Pasok-Kinal, troisième parti au parlement. Ces deux démissions sont intervenues dix jours après que Androulakis a dénoncé « la tentative de surveillance » de son portable et saisi la justice. La procédure de surveillance du téléphone portable de Androulakis par l’EYP a été faite « légalement », mais « c’était une erreur », a reconnu le Premier ministre dans une allocution télévisée. « Je n’étais pas au courant », a-t-il affirmé, jugeant l’action de l’EYP « politiquement inacceptable » et fustigeant « des défaillances endémiques » dans ce service. L’EYP est placée sous l’égide de Kyriakos Mitsotakis depuis son élection en juillet 2019, en vertu d’une des premières réformes décidées par son gouvernement. « Il y a quelques jours, j’ai été informé qu’en septembre 2021, et alors qu’il était déjà député européen, le service national du renseignement avait établi une connexion légale avec le téléphone portable de Nikos Androulakis», a-t-il dit. Le premier ministre a promis une série de « réformes » pour corriger « les défaillances » de l’EYP. La démission du chef de l’EYP, Panagiotis Kontoleon, a elle été précédée de quelques heures par celle de Grigoris Dimitriadis, secrétaire général des services du Premier ministre et neveu de ce dernier, mis en cause par les sites d’investigation Reporters United et le quotidien grec Efimerida ton syntakton (Efsyn, gauche) pour ses liens présumés avec une société de commercialisation du Predator en Grèce. Ces sites d’investigation ainsi que le site Inside Story ont ces derniers mois publié une enquête sur les surveillances présumées en Grèce. Ce énième scandale des écoutes montre bien que malgré la mise en place de garde fous et de lois, prétendument, dissuasives, la tentation d’avoir recourt à des moyens de surveillances étendus, demeure trop forte. Reste à voir si le Premier ministre grec s’en tirera avec une tape sur les doigts ou s’il devra payer le prix de cette transgression en renonçant à son poste ou au moins en organisant, comme le souhaite désormais l’opposition des élections anticipées pour donner la parole à l’opinion publique.

Fouzia Mahmoudi 

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