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mardi 26 octobre 2021

Tout est bien qui finit bien

Meng Wanzhou, la directrice financière de Huawei, et propre fille du fondateur du géant chinois des télécoms, a été libérée par ses geôliers canadiens, trois années après son arrestation à Vancouver, en exécution d’un mandat d’arrêt émis à son encontre par les autorités judiciaires américaines. Sa remise en liberté, intervenue il y a deux jours, a entraîné mécaniquement celle des deux otages canadiens, les  » deux Michael  » comme les appellent leurs supporters non sans affection ; ils étaient retenus en Chine en représailles à l’arrestation abusive de la femme d’affaires, en vue de servir de monnaie d’échange dans un possible règlement à l’amiable. Le régime de détention des trois otages n’a pas été le même cependant, celui des deux Michaels n’ayant rien de commun avec l’assignation à résidence qui fut le sort de la  » princesse chinoise « . Un accord, dont il reste à connaître les détails, a finalement été trouvé entre la défense de celle-ci et la justice américaine, lequel a permis cette heureuse issue. Des trois pays concernés dans cette affaire insolite, c’est probablement le Canada qui se sent aujourd’hui le plus soulagé, pris qu’il était entre deux géants très enclins à se servir de lui comme de leur souffre-douleur commun. Son sort a été somme toute à l’image de ses deux ressortissants qui eux avaient été bel et bien condamnés à de lourdes peines de prison, et dont les conditions de détention n’avaient eu rien à voir avec celles de leur homologue chinoise.

Plus grave encore, le Canada n’est pas sorti grandi de cette histoire. Son statut de vassal des Etats-Unis a éclaté au grand jour à cette occasion. Sa justice s’est mise au service d’une autre, dans une affaire à laquelle lui-même en tant que pays était complètement étranger. Pire encore, dans une affaire qui ne tenait à rien, où il n’y avait ni plaignant, ni délit, ni préjudice. Le mandat d’arrêt a été émis au moment où Meng Wanzhou était en escale à l’aéroport de Vancouver. Elle aurait pris un autre avion, il ne se serait rien passé. La justice américaine voulait obtenir l’extradition de quelqu’un à qui elle reprochait de ne pas avoir respecté une loi extraterritoriale de son invention interdisant la vente à l’Iran des composants informatiques. Pas même cela en réalité : d’avoir seulement cherché à induire en erreur une banque internationale, HSBC, ce qui le cas échéant l’aurait amenée à violer le loi en question. Un délit pour le moins abscons, insaisissable, informulable même. Plus arbitraire est une loi, plus dominant est son auteur. Il faut du point de vue américain que la dirigeante de Huawei, coupable déjà d’être la fille du fondateur d’une entreprise, elle-même doublement coupable, d’être chinoise et d’être leader mondial dans son domaine de compétence, soit jugée et condamnée pour un néant de crime. Ainsi seulement, le monde verra que les Etats-Unis restent les maîtres du monde. Entre tous leurs vassaux, en général les uns aussi empressés que les autres à leur rendre service, ils ont choisi le Canada pour leur donner l’occasion d’humilier la Chine. Pourquoi lui ? Pourquoi pas l’Australie, ou la France, ou la Grande-Bretagne, qui tous se disputent le titre de meilleur allié des Etats-Unis. On sait qu’il a été décerné dernièrement à l’Australie, un honneur qui visiblement fait se pâmer son Premier ministre. C’est au Canada qu’il aurait dû être attribué, qui pour s’en montrer digne n’a pas craint de s’exposer à la vindicte de la Chine.

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