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mardi 28 juin 2022

Thaïlande: L’arrivée de réfugiés birmans ravive de mauvais souvenirs

La vie paisible d’un village reculé du nord de la Thaïlande a été chamboulée cette semaine par l’arrivée de réfugiés fuyant la Birmanie voisine, rappelant à ses habitants de l’ethnie Karen de mauvais souvenirs encore vivaces.

Par Mourad M.

Hkara, 70 ans, dit avoir passé près de trente ans à aller et venir en traversant le fleuve Salouen, qui marque la frontière entre les deux pays, afin de fuir les attaques des militaires contre les rebelles dans l’État Karen, dans l’est de la Birmanie.
Elle a finalement décidé de s’installer dans le village thaïlandais de Mae Sam Laep, il y a deux décennies, un choix plus sûr alors que son pays était encore sous le règne des militaires, qui a duré une cinquantaine d’années.
«Moi aussi, je suis venue de l’autre côté. Je me sens mal pour eux, je suis tellement triste», dit-elle à l’AFP.
Depuis le week-end dernier, la junte militaire mène des attaques quasi-quotidiennes contre des places-fortes de l’Union Nationale Karen (UNK), pour la première fois depuis une vingtaine d’années.
Quelque 7 000 personnes ont fui leurs villages à la suite de ces raids aériens. La moitié se terre dans la jungle et environ
3 000 autres ont traversé le fleuve pour se réfugier en Thaïlande.
Les autorités thaïlandaises ont renvoyé la plupart d’entre elles, tout en assurant qu’elles sont rentrées volontairement. Une poignée de réfugiés, blessés par des éclats d’obus, sont restés dans un petit hôpital local pour des soins.
Depuis le début des raids aériens, Hkara est collée à son téléphone pour suivre les nouvelles.
«Je savais que les attaques allaient arriver, à cause de mon expérience», ajoute-t-elle, soulignant qu’elle a supplié il y a deux semaines ses proches restés dans l’État Karen de
s’éloigner des zones visées.
L’UNK est l’un des plus importants groupes armés du pays, qui compte une myriade de factions ethniques insurgées. Engagée depuis des décennies dans des combats avec les militaires, elle avait critiqué le coup d’État du 1er février et la répression qui a fait plus de 500 morts depuis.
Cette formation a abrité des centaines d’opposants à la junte dans les territoires sous son contrôle, et s’est emparée le week-end dernier d’une base militaire, ce qui a poussé l’armée à mener des raids contre ses positions.
Les groupes Karen de défense des droits humains ont accusé la Thaïlande de forcer les réfugiés à rentrer en Birmanie, ce que Bangkok dément catégoriquement.
Sans vouloir se prononcer sur cette question, Tamu Nochi, un habitant du village de Mae Sam Laep, qui appartient lui aussi à l’ethnie Karen, dit qu’il compatit avec les réfugiés.
«Si les militaires en Birmanie étaient vraiment des gens bien, ces réfugiés n’auraient pas eu à quitter leurs maisons», affirme à l’AFP cet homme de 75 ans.
Lui aussi a fui l’État Karen il y a trente ans, et tient aujourd’hui une petite épicerie sur l’unique rue du petit village bordée de commerces.
La majorité des habitants vivent dans des maisons de bois et de bambou dangereusement perchées sur le terrain boisé et escarpé surplombant le fleuve.
M. M.

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