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lundi 20 mai 2024

Surveillance

Il y a près de onze ans, Edward Snowden, ancien employé de la Central Intelligence Agency (CIA) et de la National Security Agency (NSA), révélait au monde l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse américains et britanniques. Des programmes qui n’épargnaient pas les plus proches alliés de Washington. À l’époque, Barack Obama, alors au pouvoir, avait dû gérer la colère de ses homologues, notamment européens, ulcérés par les dépassements de leurs «amis» américains. Or, aujourd’hui, le Sénat américain a approuvé la prolongation d’un programme de surveillance électronique et téléphonique à l’étranger, très utilisé par le renseignement américain mais critiqué par des organisations de protection des libertés. Dans un communiqué, la Maison-Blanche s’est même félicitée de la prolongation du dispositif, «l’un des outils de collecte de renseignements les plus importants des États-Unis», et a annoncé que le président Joe Biden promulguerait «rapidement» le texte. Le texte en question, la section 702 de la loi sur la surveillance extérieure (Fisa), permet aux services de renseignement américains de mener des programmes de surveillance électronique ou téléphonique sans forcément demander de mandat judiciaire. Le programme vise notamment des personnes non américaines à l’étranger, y compris via la consultation de courriers électroniques. Le texte est vivement dénoncé par des organisations de défense de la vie privée et des libertés. Il a été adopté il y a une semaine à la Chambre mais son renouvellement a fait l’objet de débats houleux. L’ancien président Donald Trump, qui veut déloger Joe Biden de la Maison-Blanche, est intervenu dans le débat en exhortant la semaine dernière les parlementaires à «tuer la Fisa». Le programme «a été utilisé contre moi et nombre d’autres. Ils ont espionné mon équipe de campagne !!!», a-t-il affirmé sur son réseau Truth Social. Mi-décembre, un haut responsable de la Maison-Blanche avait plaidé pour sa prolongation, estimant qu’«avec ce qui se passe en Israël, avec ce qui se passe en Ukraine , avec la menace que représente la Chine, avec ce qui arrive à nos infrastructures stratégiques, avec les cyberattaques, ce serait un très mauvais moment pour baisser les armes de manière unilatérale». Toutefois, pour se «protéger» les dirigeants américains semblent ne pas craindre d’empiéter sur la vie privée de centaines de millions de gens. L’on voit bien que la porte ouverte il y a vingt ans par le Patriot Act, qui devait n’être qu’un court épisode dans l’histoire des États-Unis, qui venaient de subir la pire attaque depuis sa création, a du mal à se refermer. Désormais, espionner ses concitoyens contre la promesse d’une sécurité renforcée ne fait plus ciller. Plus étonnant, c’est maintenant les démocrates qui soutiennent ces mesures, alors que d’importantes figures républicaines telles que Trump, les rejettent. En 2001, le Patriot Act avait été signé et avalisé par les conservateurs et les rares personnalités politiques à oser critiquer cette loi étaient dans le camp des progressistes, qui étaient alors conscients des dérives qu’elle allait entraîner. Or, aujourd’hui Trump dénonce la prolongation de ce programme alors que Biden s’en félicite.

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