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mercredi 28 septembre 2022

Sur PBS, un Biden en veine de franchise

Il y a de cela quelques mois, Joe Biden, répondant à une question de journaliste alors qu’il se trouvait en Asie, avait confirmé ce dont beaucoup se doutait un peu à vrai dire, à savoir que les Etats-Unis en effet interviendraient militairement si la Chine, prenant exemple sur la Russie en Ukraine, se hasardait à attaquer Taïwan pour la ramener dans son giron. Pour la première fois depuis l’établissement des relations diplomatiques avec la Chine en 1979, un président des Etats-Unis s’affranchissait purement et simplement de la pseudo ambiguïté stratégique en usage au sein de la classe politique américaine, consistant à ne jamais dire de façon explicite quelle serait la réaction de leur pays si la Chine se décidait à reprendre Taïwan, après tout une de ses provinces. Le procédé était censé apaiser les craintes des deux parties chinoises, et par suite les tenir aussi éloignées que possible d’une guerre qu’elles seraient portées à se livrer. En réalité, il servait surtout à entretenir Taïwan dans le sentiment qu’elle pouvait toujours compter sur les Etats-Unis, même s’ils ne la reconnaissaient plus officiellement, pour la défendre militairement si elle était attaquée. Pour Pékin, toute ambiguïté touchant ce sujet est en soi un alignement sur Taïwan.

Or voilà que Joe Biden a voulu, il y a quelques heures seulement, se montrer plus explicite encore, comme s’il jugeait ne pas l’avoir été suffisamment la première fois, lors d’une émission vedette sur la chaîne PBS, en réponse à une question qui déjà en elle-même n’appelait qu’une seule réponse. Etes-vous, demande son interviewer, en train de dire que les Etats-Unis enverront leurs propres soldats défendre Taïwan si elle est attaquée ? Et Biden d’un seul mot, comme pour ne laisser aucune place à l’interprétation, répond : oui. Comme si le message manquait encore de clarté, l’interviewer, au bout d’un instant, repose la même question sous une forme à peine modifiée. Et Biden de répéter dans le même style plus que laconique : oui. Voilà du moins les Chinois édifiés, si du moins ils se faisaient encore des illusions sur la neutralité américaine. Si ce n’est pas là à proprement parler une déclaration de guerre, le fait est que ça y ressemble. Ce style sans détour aucun n’est pourtant pas habituel chez Biden quand il est question de la Chine, d’autant moins depuis le 24 février, les Américains en général prenant depuis un certain soin d’épargner l’amour-propre des Chinois, une attention qu’ils n’ont guère vis-à-vis des Russes, ne serait-ce que dans l’idée de ne rien faire, pour ce qui les concerne, qui ait pour effet de rapprocher encore davantage deux adversaires qui déjà s’entendent plutôt bien. Les médias américains ont beaucoup glosé sur la remarque de Vladimir Poutine, faite lors du sommet de Shanghai, comme quoi il comprenait les soucis que se faisait Xi Jinping sur le cours que prenait la guerre en Ukraine. On aurait pu penser que Biden se saisirait de ce moment pour faire preuve plus que d’habitude de considération pour les Chinois, non pour leur promettre un sort similaire à celui que les Russes seraient en train de subir en Ukraine. Dans la même émission de PBS, on lui demande s’il pense que l’Ukraine est en train de gagner la guerre. Il répond qu’en tout cas elle n’est pas en train de la perdre. Voilà qui a l’air de dire quelque chose, et qui en réalité ne dit rien du tout. Il aurait pu là aussi répondre par oui ou par non, puisqu’il était en veine de franchise. Il s’en est bien gardé, de peur sans doute d’être démenti dans les heures prochaines.

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Le 28 Septembre 2022

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