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mercredi 17 août 2022

Sur la crise ukrainienne, l’Europe est divisée

Le chef de la marine allemande, Kay-Achim Schönbach, a créé la surprise, il y a moins d’une semaine, dans le monde, mais probablement plus encore de l’émoi dans les hautes sphères allemandes, en traitant d’inepties les intentions prêtées par des alliés de l’Otan à la Russie d’envahir l’Ukraine. Sommé par sa hiérarchie de s’en expliquer, il a préféré présenter sa démission. Mais le mal est fait : tout le monde sait maintenant que tous les généraux allemands ne sont pas, s’agissant de ce qu’on appelle la crise ukrainienne, sur la même longueur d’onde que Kiev, Washington et Londres, qui continuent de faire comme si l’invasion russe est plus imminente aujourd’hui qu’elle ne l’était, il y a un mois par exemple. Or le militaire allemand de haut-rang ne s’est pas contenté de prendre le contre-pied du secrétaire général de l’Otan, d’une façon peu courtoise par-dessus le marché, il a aussi fait savoir ce que d’après lui recherchait le président russe : le respect. Il ne s’est pas arrêté là d’ailleurs, il a ajouté que jamais la Russie ne rendrait la Crimée à l’Ukraine. Il est clair que lorsque dans une armée un chef de premier rang ose tenir des propos aussi nettement à contre-courant de l’opinion officielle, c’est qu’il n’est pas seul dans son cas, c’est qu’il en est plusieurs qui pensent comme lui sur le sujet brûlant du moment.

S’agissant plus précisément d’un pays comme l’Allemagne, si dépendant pour sa défense de l’Otan, c’est-à-dire des Etats-Unis, on peut même se demander si en fait, ce n’est pas tout, ou quasiment, l’état-major allemand qui sur l’Ukraine s’est exprimé par la bouche de son amiral commandant en chef, quitte ensuite à exiger sa démission, à le sacrifier en somme, un militaire après tout étant fait pour cela. Quoi qu’il en soit, on sait maintenant que l’Allemagne ne se laissera pas embarquer dans une aventure militaire contre la Russie, ni en Ukraine ni ailleurs en Europe. On peut en dire autant de la France, même si aucun membre de son état-major ne sortira du rang pour tenir un langage de même inspiration que celui de l’amiral allemand. Les principaux responsables politiques français, sans aller jusqu’à traiter d’inepties les déclarations des porte-paroles de l’Otan sur l’Ukraine, ont eu des propos qui au fond sont de la même eau. Eux non plus ne croient pas que l’intention de la Russie soit d’envahir l’Ukraine. Ils se gardent bien cependant de le dire sans détour. Mais tout ce qu’ils taisent sur le sujet n’en ressort pas moins clairement des paroles qu’ils prononcent de façon positive. Dans son discours de Strasbourg, marquant le début de la présidence française pour six mois de l’Union européenne, Emmanuel Macron, qui n’a jamais caché sa préférence pour une défense européenne autonome, a dit clairement que l’Europe ne se fera pas contre la Russie mais avec elle. Dans le contexte actuel, cette déclaration revêt une signification particulière, qui sans doute recoupe dans une bonne mesure, sinon entièrement, celle de l’amiral allemand démissionnaire. Comme par hasard, Français et Allemands sont pour relancer le dialogue avec la Russie dans le cadre de ce qu’on appelle le Format de Normandie, dont l’Ukraine est elle aussi partie prenante. L’intérêt de traiter la crise par ce biais, c’est justement que les Etats-Unis en sont exclus.

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