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mercredi 1 février 2023

Stoltenberg voit venir la guerre directe contre la Russie

Nous avons déjà dit que l’Otan ne pourrait pas à la fois tout entreprendre en vue d’infliger une défaite stratégique à la Russie dans la guerre en Ukraine, et de l’autre éviter d’avoir à s’affronter directement à elle, en engageant contre elle ses propres forces et non plus seulement celles des Ukrainiens. Il arrivera nécessairement un moment où il lui faudra choisir entre entrer en guerre, et accepter que la Russie fasse de l’Ukraine ce qu’elle semble avoir déjà décidé pour elle. Tant que l’Ukraine résiste, et mieux encore contre-attaque à ses heures en remportant parfois des succès, la partie est jouable, la guerre par procuration peut se poursuivre. Toutefois à la condition que la victoire ukrainienne finale ne soit qu’une vue de l’esprit, une vague possibilité, a « wishful thinking » comme disent les Américains. La raison en est évidente : défaite russe et extension de la guerre en Europe sont synonymes. Pour que la Russie, en effet, soit menacée d’une défaite réelle, il faut que les Etats-Unis et leurs alliés européens se soient à ce point impliqués dans la conduite des opérations contre elle qu’il ne leur resterait plus grand-chose à faire pour sortir du bois et se proclamer cobelligérants. Aujourd’hui ils se cachent si bien derrière les Ukrainiens qu’ils ne sont pas visibles, encore qu’ils soient reconnaissables à leurs actes. Leurs militaires, instructeurs, formateurs et mercenaires en chair et en os ne resteront pas longtemps tapis dans l’ombre, à assister au massacre de ceux qui se battent pour les leurs, certes, mais aussi pour eux, et pour le salut du « monde libre ». Depuis le début de la guerre et finalement en peu de temps, les Américains ont fait tuer —on pourrait tout aussi bien dire ont tué — plusieurs généraux russes. S’ils n’en abattent plus, c’est parce que les plus hauts gradés russes ne s’aventurent plus aux premières lignes, comme dans les premiers temps de la guerre. Ils ont fait couler le navire amiral de la flotte russe en Mer noire, le croiseur Moskva, moins de deux mois après le début de la guerre. Ils ont saboté, ou fait saboter par les Britanniques, à ce qu’il semble en tout cas, les gazoducs Nord Stream 1 et 2. Tous ces actes disent clairement qu’ils se considèrent en guerre. Il ne manque aux Américains et aux Britanniques que de reconnaître qu’ils sont en guerre en effet. Mais c’est là un pas, une clarification, qu’il ne faut pas s’attendre à ce qu’ils fassent dès à présent. Dernièrement, et pour la première fois, le secrétaire général de l’Otan, le norvégien Jens Stoltenberg, a exprimé publiquement sa crainte que la guerre actuelle se transforme en guerre directe en la Russie et l’Otan. Son propos implique que d’une certaine façon, cette guerre est déjà une réalité, mais sous une forme non déclarée. Autrement dit, l’Otan est déjà partie prenante de cette guerre, sauf que c’est par Ukraine interposée. De sorte qu’il suffirait de peu pour que le conflit devienne direct. Le fait que Stoltenberg en vienne à ce genre de déclaration est la preuve que la situation n’est pas tenable dans le long terme. Or pour que les choses évoluent, il n’est même pas besoin que les Américains portent aux Russes un coup plus fumant que ceux qu’ils leur ont déjà assénés tout en restant cachés derrière les Ukrainiens. D’une certaine façon cela se fera tout seul, parce que le conflit aura suffisamment mûri pour faire spontanément sa mue.

Mohamed Habili

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