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samedi 13 août 2022

Stephanie Williams de retour en tant qu’envoyée extraordinaire ?

Avec le retour de Stephanie Williams à la tête de la mission onusienne pour la Libye, quelques jours seulement après la démission de Jan Kubis, les choses prennent une tournure plus précise dans ce pays, à une encablure désormais du premier tour de la présidentielle, une première dans son histoire. Il convient toutefois de noter qu’à la diplomate américaine – envoyée spécial par intérim du secrétaire général de l’ONU de mars 2020, date de la démission de Ghassan Salamé, à janvier 2021, date de son remplacement par Jan Kubis, démissionnaire à son tour en novembre dernier – il a été conféré un autre titre, celui de conseillère spéciale pour la Libye, bien que ses missions soient les mêmes que celles de ses prédécesseurs. Elle est tenue de poursuivre le dialogue interlibyen, qui du reste a réalisé ses plus grands progrès sous sa férule, à Genève, à Tunis, et ailleurs, et ce dans l’ensemble de ses volets ; mais aussi, et c’est probablement ce qui explique que ce soit à elle qu’il ait été fait appel de nouveau, faire en sorte que les élections aient lieu bien à la date convenue. On pouvait encore douter de leur tenue jusqu’à l’annonce de son retour, on ne le peut plus désormais.

Quant au changement de titre, il semble que ce soit là juste une manière de contourner l’écueil de l’approbation par le Conseil de sécurité, à quoi est astreint celui d’envoyé spécial. En tant que conseillère spéciale, sa désignation ne risque pas
d’être mise en échec par l’opposition de l’un ou l’autre membre permanent du Conseil de sécurité. Pour ce qui est des missions qui lui sont confiées par le secrétaire général, il y a tout lieu de penser qu’elles sont en fait plus étendues que celles d’un envoyé spécial ordinaire. D’une part, parce qu’elle les entame à la veille d’élections capitales pour l’avenir de la Libye, une décennie après le renversement de Kadhafi par suite d’une intervention militaire occidentale. Le fait d’ailleurs que Jan Kubis ait démissionné si près de la tenue de la première d’entre elles, la présidentielle du 24 décembre, a l’air de dire qu’il ne l’a fait que pour permettre sa désignation. Une déclaration de lui faite après sa démission le dit assez explicitement, à ceci près qu’il n’était pas question alors de Stephanie Williams. D’autre part, il y a le siège de cette dernière, qui se trouve à Tripoli, alors que celui de Jan Kubis était à Genève. A Tripoli, Williams exercera une influence plus grande que depuis Genève. Tout cela donne à penser que loin de nommer un sous envoyé spécial, Antonio Guterres a nommé un super envoyé spécial pour la Libye, une sorte d’ambassadeur plénipotentiaire, à qui reviendra le vrai pouvoir en Libye pendant la phase de transition. On l’a souvent répété ici : la Libye est depuis une décennie sous tutelle internationale, mais sans une puissance mandataire particulière pour la gouverner avec l’assentiment de la communauté internationale, en attendant qu’elle puisse se prendre en charge elle-même. Si Jan Kubis avait démissionné pour permettre la désignation de Williams, et de personne d’autre, alors pas de doute à avoir : c’est munie d’un mandat de plénipotentiaire que celle-ci rejoindra son poste à Tripoli. Quoi qu’il en soit, la suite des événements ne manquera pas de nous éclairer à cet égard.

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