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jeudi 30 juin 2022

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Les instances internationales ont largement soutenu les «printemps arabes» qui, il y a dix ans, ont mené à la chute de nombreux régimes, que ce soit au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord. Mais une décennie plus tard, les nouveaux régimes en place ne semblent pas être du goût des structures onusiennes notamment, qui semble décontenancées de constater que les gouvernants d’aujourd’hui n’ont pas calqué leurs valeurs sur celles de l’Occident. Plusieurs dizaines de pays ont ainsi exigé, devant le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, que l’Égypte cesse d’abuser de sa législation antiterroriste pour museler les opposants au régime, les défenseurs des droits et les journalistes, et maintenir ses critiques en détention préventive indéfiniment. Trente et un pays ont aussi fait part de leur «profonde inquiétude concernant l’usage de la législation antiterroriste contre les militants des droits de l’homme, les personnes LGBTI, les journalistes, les politiciens et avocats», dans un message vidéo lu par l’ambassadrice de Finlande à Genève, Kirsti Kauppi. Le texte mentionne en particulier le cas d’une importante association de défense des droits de l’homme, l’Initiative égyptienne pour les droits personnels (EIPR), qui a vu certains de ses membres arrêtés en 2020 et qui a été accusée de terrorisme après une rencontre avec des ambassadeurs étrangers. Ces membres ont été libérés, leur arrestation ayant provoqué un tollé international. Le texte demande aussi la libération de tous les journalistes. L’Egypte compte plus de 60 000 détenus d’opinion selon des ONG. Depuis la destitution du président islamiste Mohamed Morsi par l’armée en 2013 et l’arrivée au pouvoir l’année suivante d’Abdel Fattah al-Sissi, une répression croissante se serait abattue sur toute forme d’opposition, islamiste ou libérale. Les pays signataires veulent ainsi faire pression sur les autorités pour qu’elles appliquent correctement une loi sur les ONG adoptée en 2019, qui pourrait alors faciliter les actions de ces organisations, a expliqué un diplomate européen qui a participé à l’élaboration du texte. Sans surprise, les groupes de défense des droits de l’homme ont salué l’initiative. Cette déclaration «met fin à des années d’absence de toute action collective devant le Conseil des droits de l’homme, malgré la rapide détérioration de la situation dans ce domaine», a commenté Bahey Hassan qui dirige l’Institut d’études des droits de l’homme du Caire, dans un communiqué conjoint signé de neuf autres organisations de défense des droits y compris internationales. Reste que les exigences des instances internationales ne feront pas de sitôt de l’Égypte un pays répondant aux normes occidentales. La démocratie à l’américaine ou à l’européenne ne s’exporte pas, en effet, comme l’a démontré l’exemple afghan, pour ne citer que celui-là. Vingt après l’opération «Liberté immuable», les talibans sont redevenus l’interlocuteur principale des Américains, qui las d’une guerre interminable ont fini par céder. Et si l’Égypte n’est pas l’Afghanistan et son régime bien plus réceptif et prompt à intercéder avec les instances internationales, elle ne deviendra pas subitement une nation répondant aux standards occidentaux après quelques communiqués et quelques sanctions symboliques.

F. M.

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