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vendredi 19 avril 2024

Soudan: Le chef d’Al-Jazeera arrêté, six manifestants anti-putsch tués

Les forces de sécurité ont arrêté, hier, le chef de bureau de la chaîne qatarie Al-Jazeera à Khartoum, renforçant la pression sur les médias au lendemain de la mort de six manifestants, lors d’une des journées les plus sanglantes depuis le putsch militaire.

Par Mourad M.

Après la détention de centaines de militants, opposants et manifestants hostiles au coup d’État mené le 25 octobre par le général Abdel Fattah al-Burhane, les autorités «ont perquisitionné la maison du chef de bureau d’Al-Jazeera, Al-Moussalami al-Kabbachi, un Soudanais, et l’ont arrêté», selon la télévision satellitaire.
Le Soudan est entré dans une période de turbulence le 25 octobre quand le général Burhane, le chef de l’armée et auteur du coup d’État, a fait arrêter la plupart des civils avec lesquels il partageait le pouvoir, dissous les institutions du pays dont la plus importante – le Conseil de souveraineté – et décrété l’état d’urgence.
Depuis, Al-Jazeera a couvert et diffusé en direct les manifestations hostiles au putsch et interviewé il y a moins d’une semaine le général Burhane qui n’a accordé que deux entretiens depuis son coup de force.
Avant l’arrestation de M. Kabbachi dont les causes demeurent inconnues, de nombreux journalistes des médias officiels ont, dans le sillage du putsch, été remplacés et interdits de revenir à leur poste.
Samedi, les partisans d’un pouvoir civil sont parvenus à rassembler à travers le pays des dizaines de milliers de personnes contre le coup d’État, malgré un déploiement militaire impressionnant et une coupure d’internet persistante.
Selon un dernier bilan du syndicat de médecins prodémocratie, six manifestants ont été tués dans les défilés à Khartoum, dont un adolescent de 15 ans et jeune de 18 ans, al-Cheikh Yasser Ali. Son oncle, Zaher Ali, a assisté à l’autopsie. «Il a reçu une balle qui lui a perforé le cœur et les poumons. C’était horrible, j’ai failli m’évanouir à la morgue», a-t-il raconté à l’AFP à Omdourman, banlieue nord-est de Khartoum.
Depuis le 25 octobre, 21 manifestants ont été tués et des centaines blessés dans la répression, d’après le syndicat.
La police a nié avoir ouvert le feu sur les manifestants et fait état de blessés dans ses rangs.
L’ambassade des États-Unis a condamné un usage «excessif de la force». Et Vicky Ford, chargée de l’Afrique pour la diplomatie britannique, a estimé que «les Soudanais doivent pouvoir exprimer leurs opinions», appelant l’armée à «écouter le nombre énorme réclamant le retour à la transition démocratique».
Dès vendredi, l’ONU et plusieurs ambassadeurs occidentaux avaient appelé les forces de sécurité à la retenue dans un pays où plus de 250 manifestants ont été tués lors de la révolte populaire qui poussa l’armée à écarter en avril 2019 le dictateur Omar el-Béchir. Mais la répression sanglante n’a pas entamé la détermination du front anti-putsch. Les Forces de la liberté et du changement (FLC), bloc civil né de la révolte anti-Béchir, ont appelé à une nouvelle manifestation mercredi.
«Notre route vers un État civil et démocratique ne s’arrête pas là», a affirmé dans un communiqué le bloc, dont plusieurs dirigeants ont été arrêtés depuis le putsch. «Pas de négociation avec les putschistes, c’est le peuple qui décide», a affirmé l’un des leaders des FLC, Hamza Baloul, ministre de l’Information arrêté le 25 octobre puis relâché, qui a manifesté samedi, selon une vidéo en ligne. Faisant fi des condamnations internationales, le général Burhane a rétabli, sous sa direction, le Conseil de souveraineté en y nommant des militaires et des civils apolitiques en remplacement de ceux qu’il avait déposés ou arrêtés.
Lui et son second, le général Mohammed Hamdane Daglo, chef des RSF accusé d’exactions, ont promis «des élections libres et transparentes» à l’été 2023.
Des promesses loin d’avoir apaisé l’opposition.
M. M.

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