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vendredi 12 août 2022

Solidaires

Recep Tayyip Erdoğan semble aujourd’hui décidé à déterrer la hache de guerre avec la Grèce et à faire pourrir la situation autant que faire se peut. Après près de deux années d’apaisement dans les relations gréco-turc les président Erdoğan n’hésite en effet pas à se montrer pugnace. Avant son départ mardi dernier pour Madrid au sommet de l’OTAN, dont les deux pays sont membres, le président turc a réitéré son intention de ne pas s’entretenir avec le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis. « Il est impossible pour moi de rencontrer M. Mitsotakis. Nous avons fermé la porte à cela », a-t-il déclaré. A la mi-mars, le ton était tout autre. Sur fond d’agression russe en Ukraine, Mitsotakis avait alors été reçu le 13 mars à Istanbul par Erdoğan. Le communiqué publié à l’issue de la rencontre soulignait « la responsabilité particulière » partagée par les deux pays « dans l’architecture de sécurité européenne modifiée par l’attaque russe contre l’Ukraine ». Un mois plus tard, les relations s’étaient envenimées. Ces dernières semaines, Athènes a dénoncé la reprise des violations de son espace aérien par des avions militaires turcs volant au-dessus des îles de la mer Egée. Côté turc, la visite officielle de Mitsotakis aux Etats-Unis les 16 et 17 mai est pointée du doigt. Dans son allocution devant le Congrès américain, le premier ministre grec s’était alors opposé à la vente d’avions de combat F-16 à la Turquie. L’achat des F-16 est un point sensible pour Ankara, qui cherche désespérément à acheter ces avions pour renflouer sa flotte devenue obsolète. Le Congrès rechigne à donner son feu vert, les sanctions américaines interdisant toute transaction avec l’agence gouvernementale turque chargée des achats d’armement (SSB). Ces sanctions ont été mises en place par Washington en 2019 pour punir la Turquie d’avoir acquis un système russe de défense antiaérienne S-400, conçu à l’origine pour détecter et détruire les avions de l’OTAN. C’est ainsi qu’Ankara a été exclue du programme d’achat des avions de chasse américains F-35 avec lequel elle comptait équiper son parc vieillissant. Ulcéré par les propos du premier ministre grec à Washington, Erdoğan a conséquemment déclaré que ce dernier « n’existait plus » pour lui. Dans la foulée, il a mis fin aux pourparlers diplomatiques qui avaient repris entre les deux pays depuis janvier 2021. Plus inquiétant, Mevlüt Cavusoglu, le ministre turc des affaires étrangères, a accusé Athènes de « militariser » ses îles de la mer Egée. Si la Grèce refuse de les « démilitariser », sa souveraineté sur ces îles sera considérée comme « discutable », a-t-il fait savoir dans une déclaration écrite. La Turquie n’a d’ailleurs eu de cesse de rappeler que les îles de la mer Egée, données à Athènes après l’accord de Lausanne de 1923 et celui de Paris en 1947, sont censées être démilitarisées. Les autorités grecques justifient, pour leur part, leur présence militaire par les violations régulières de l’espace aérien et maritime par l’armée turque, ce qui constitue une menace à la souveraineté de la Grèce. Ainsi, la situation entre les deux pays si elle n’a pas encore atteint le niveau de menaces qu’elle avait atteint en septembre 2020, avec une implication de la flotte militaire française pour défendre Athènes, semble se diriger vers une nouvelle escalade politique et militaire. Reste à voir comment l’UE réagira face à ce nouvel épisode de tension entre la Turquie et la Grèce. L’on se souvient qu’en 2020 les pays européens s’étaient faits tout petits et avaient timidement plaidés pour une réconciliation alors que seule Paris avait pris des mesures militaires pour défendre Athènes. Aujourd’hui, Erdoğan espère probablement que les européens seront aussi peu solidaires de la Grèce qu’ils le furent il y a deux ans et que cela lui permettra d’avoir une chance de remporter la guerre qu’il semble prêt à mener contre son voisin.

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