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lundi 26 septembre 2022

Six mois déjà d’une guerre mondiale dans un seul pays

Aujourd’hui, six mois déjà d’une guerre dont on pensait qu’elle serait très rapide, la plus rapide même de toutes les guerres connues, en raison d’une part du déséquilibre considérable des forces en présence, d’autre part parce qu’elle éclatait en Europe et que dans le vieux continent une guerre ne pouvait être qu’une espèce d’accident, de ce fait fort courte. En quelques mois, il ne reste plus rien de cette forme d’optimisme : plus personne ne se hasarderait à prévoir une fin plus ou moins prochaine à la guerre en Ukraine. Les Russes eux-mêmes ne la conçoivent plus que longue, c’est-à-dire très longue, en ce sens pas loin d’être interminable. Plus le temps passe, plus le rapport des forces tend à se niveler, les Occidentaux comblant au fur et à mesure le déséquilibre premier. Les Européens, qui jusque-là ne fournissaient des armes aux Ukrainiens que par horreur d’une victoire russe qui serait trop rapide, projettent maintenant d’envoyer, en plus du matériel, des instructeurs et des conseilleurs militaires. D’où il est facile de conclure que les Américains ont déjà franchi ce pas, même s’ils n’en disent rien.

Le risque n’est pas négligeable que la prochaine étape, si les lignes de front restent relativement figées, comme c’est le cas depuis quelques semaines, ce soit l’envoi de combattants. En somme, l’entrée en guerre, purement et simplement. La réalité, c’est que si cette guerre est appelée à durer, c’est parce qu’elle est dès son premier jour, le 24 février, une guerre mondiale dans un seul pays ; en cela semblable à la guerre en Syrie, la première du genre. Une guerre mondiale ne peut pas être une guerre éclair. Elle serait déjà finie si elle ne mettait aux prises que la Russie et l’Ukraine. Demain, pour la remporter, les Occidentaux, qui pour l’heure la mènent par procuration, devront fournir des canons de longue portée, que les Ukrainiens, qui se battent aussi pour eux, leur demandent sur un ton qui va s’enhardissant et s’aigrissant tout à la fois. La première cible de ces canons est d’ailleurs déjà désignée : le pont de Crimée. Or il reviendra au même de le bombarder, ou de le faire bombarder par les Ukrainiens, ou de déclarer la guerre à la Russie. Cette guerre mondiale, certes, n’est encore qu’européenne. Elle ne le restera pas indéfiniment. Ses six premiers mois ont vu, à l’autre bout du monde, le conflit sino-taiwanais s’exacerber, et d’abord par suite des provocations de la classe politique américaine. Il serait extraordinaire qu’elle dure six autres mois sans que ce conflit se développe en une deuxième guerre, en apparence sans lien avec la première autre que celui de la simultanéité. Elles sont plus étroitement liées en réalité. Partout dans le monde où un conflit a mûri, et peut-être même là où il n’est encore qu’à ses prémisses, la guerre sera à l’ordre du jour. Au Maghreb, cela fait déjà quelque temps que le Maroc s’est placé dans cette perspective. Si la guerre se généralisait, que ce soit en Europe ou dans le Golfe, contre l’Iran, il s’alignerait aussitôt sur le camp le plus disposé à l’aider militairement contre nous, c’est-à-dire à l’Otan et à Israël, un pré-positionnement déjà marqué chez lui. De là le procès qu’il fait à l’Iran au motif que ce dernier aiderait déjà militairement le Polisario. Une guerre mondiale dans un seul pays a vocation à métastaser dans le monde. La première du genre, la guerre en Syrie, qui maintenant semble tendue vers sa fin, n’a pas débordé les frontières de la Syrie cependant. La Guerre en Ukraine, elle, ne restera pas confinée en Ukraine si elle doit durer.

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