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lundi 8 août 2022

Séparation

La loi française sur le séparatisme a abouti cette semaine à la séparation en deux entités distinctes de l’instance qui devait, comme le stipule la nouvelle loi, labéliser les imams de France, le gouvernement français voulant un Conseil national des imams (CNI) pour restructurer l’islam et lutter contre la radicalisation. Le Conseil français du culte musulman (CFCM) et la Grande Mosquée de Paris ont ainsi chacun annoncé dimanche leur volonté de fonder leur propre instance censée labelliser les imams exerçant sur le territoire. «Le CNI sera créé lors d’une assemblée générale le dimanche 21 novembre 2021», ont déclaré la Grande Mosquée de Paris et les trois fédérations qui ont claqué la porte du bureau exécutif du CFCM en mars. Celui-ci a immédiatement réagi en annonçant lui aussi la création d’un CNI. Dans un communiqué, il a appelé «l’ensemble des instances départementales du culte musulman à se réunir en congrès, le 12 décembre 2021, pour la mise en place effective du Conseil national des imams». Il dénonce également «l’initiative unilatérale» des quatre fédérations dissidentes et estime que «la légitimité du CNI ne peut être acquise que sous l’égide du CFCM et avec la participation de l’ensemble de ses fédérations ainsi que l’implication de toutes les structures régionales et départementales». Interlocuteur historique des pouvoirs publics concernant le culte musulman, le CFCM est plongé dans la tourmente depuis que le gouvernement a voulu faire adopter une «charte des principes pour l’islam de France», réclamée par Emmanuel Macron dans la foulée de son offensive contre le «séparatisme». Le texte, qui devait servir de pierre angulaire pour restructurer la deuxième religion du pays, dénonce notamment «l’instrumentalisation politique de l’islam, proscrit l’ingérence d’États étrangers et réaffirme la compatibilité de l’islam avec la République». En janvier, trois fédérations du CFCM, dont les deux turques, le Millî Görüs et le Comité de coordination des musulmans turcs de France, ont rejeté cette charte, qui risque, selon elles, de «fragiliser» la confiance à l’égard des musulmans. Après ce refus, quatre des neuf fédérations du CFCM, la Grande Mosquée de Paris, le Rassemblement des musulmans de France, Musulmans de France et la Fédération française des associations islamiques d’Afrique, des Comores et des Antilles (FFAIACA), ont annoncé en mars qu’elles quittaient le bureau exécutif du CFCM pour créer une nouvelle instance chargée de réfléchir à «la refondation de la représentation du culte musulman en France». Ces divisions de fond sont également nourries par l’inimitié notoire entre le président du CFCM, Mohammed Moussaoui, proche du Maroc, et le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, proche de l’Algérie. Reste à voir si les nouvelles instances qui verront le jour, dans un avenir plus ou moins lointain, réussiront à respecter le cahier des charges présenté par les autorités françaises ou si les dissensions au sein de la communauté religieuse musulmane ne feront qu’accroître l’incompréhension et la méfiance des pouvoirs publics vis-à-vis de la pratique de l’islam en France.

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