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jeudi 6 octobre 2022

Sécheresse, coûts faramineux des fourrages et intermédiaires: Les prix des moutons inabordables

L’Aïd El Adha se fait déjà sentir. Comme cela est de coutume, à moins de dix jours de cette fête, les éleveurs et vendeurs de moutons trouvent l’occasion propice pour se remplir les poches au détriment des bourses modestes. Ces jours-ci, des marchés destinés à la vente de moutons ont été ouverts un peu partout. Les prix sont tellement élevés que beaucoup de pères de famille au revenu moyen passeront certainement un Aïd sans sacrifice.

Par Meriem Benchaouia

C’est l’amer constat que tout le monde peut faire à travers tous les espaces de vente. Selon le secrétaire national de l’Union nationale des agriculteurs algériens, Tahar Karami, les raisons de cette augmentation sont liées à la sécheresse qui frappe les zones de pâturage, les coûts faramineux des fourrages et également les intermédiaires qui interviennent dans la commercialisation des moutons. En effet, après les dépenses faramineuses, durant le mois sacré du Ramadhan et les vacances d’été, vient maintenant l’Aïd El Adha pour donner le coup de grâce aux familles algériennes qui se plaignent constamment de la cherté de la vie et de la baisse du pouvoir d’achat. Le mouton de l’Aïd est devenu un lourd fardeau pour les petites bourses qui n’arrivent même pas à subvenir à leurs besoins. La problématique ne se résume pas seulement au pouvoir d’achat qui constitue en lui-même un handicap majeur pour les citoyens, mais aussi il ne faut guère négliger la hausse des prix inexpliquée, exercée par les marchands de bétail, en gros ou en détail. Maintenant, on constate la prolifération de points de vente anarchiques défiant la réglementation, délimitant les aires de vente et piétinant les règles d’hygiène au vu et au su des services concernés. En effet, de nombreux points de vente clandestins ont été enregistrés ces derniers temps. Nombre de personnes se sont donc improvisées maquignons ou revendeurs, bien qu’ils ne connaissent rien au métier. L’augmentation des prix ne s’arrêtera donc pas en si bon chemin. D’où la difficulté des services vétérinaires de contrôler le cheptel. Le moins cher des moutons, plutôt des agneaux, ne coûte pas moins de 40 000 DA. Tandis que le prix d’un bélier cornu varie entre 50 et 65 000 DA, de même que le mouton, ne dépassant pas deux ans, est proposé entre 50 et 70 000 DA. Les maquignons estiment, par ailleurs, que la fête de l’Aïd al Adha, compte tenu du fait qu’elle constitue une période de forte demande, donne également lieu à l’apparition d’un grand nombre d’éleveurs occasionnels dont l’influence sur le marché est, insistent-ils, «indéniable». Face à cette hausse des prix, de nombreuses familles ont décidé de ne pas faire le pas cette année. «Je n’ai pas les moyens pour l’achat d’une bête à 60 000 DA», confie un père de famille. Même son de cloche chez les retraités. Accompagné de ses deux fils, un autre père de famille s’est justifié : «Je suis là juste pour regarder les prix, mais je ne pense acheter un mouton cette année». Un véritable dilemme se pose aux chefs de famille à l’approche de cette fête. Acheter le mouton, quitte à s’endetter, pour faire plaisir aux enfants, lesquels attendent cet événement avec joie et une grande impatience. «Je n’arrive pas à fermer l’œil, depuis un certain moment. Moi, avant même la fin du mois de ramadan, j’ai commencé à me faire du souci pour l’Aïd-el-Kebir. J’étais sûr que je ne parviendrai pas à assurer un mouton à ma famille. Mon salaire est la seule rentrée financière. Mes enfants sont trop petits pour m’aider dans les charges. Et puis, il y a leur école. J’ai déjà souffert et fait mille emprunts pour passer dignement la dernière fête de l’Aïd-el-Fitr et faire face aux dépenses de l’année scolaire. Je n’ai pas encore remboursé ces dettes qu’il faut que j’en fasse encore», se plaint un fonctionnaire et papa de quatre enfants. Par ailleurs, et en dépit de la cherté des moutons, certaines familles tiennent à observer le rite selon leurs moyens. A Alger, malgré un arrêté de la wilaya interdisant la vente de moutons dans les quartiers, nombreux sont ceux qui continuent à écouler leurs bêtes dans des locaux ou des hangars non réglementés. Rencontré dans un quartier de Zéralda, Djamel, la quarantaine, expose une vingtaine de moutons, dont l’allure et la taille sont révélatrices de leur prix élevé. En outre, certains citoyens préfèrent se diriger vers les éleveurs faisant partie de leurs «connaissances» et en qui ils ont une entière confiance, même si, parfois, il leur faudra payer quelques milliers de dinars supplémentaires.
M. B.

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