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lundi 26 septembre 2022

Russie: Mort de Mikhaïl Gorbatchev, pluie d’hommages en Occident

La mort de Mikhaïl Gorbatchev, dernier dirigeant de l’URSS, suscitait, hier, des hommages marqués en Occident mais plus mesurés en Russie, où beaucoup lui reprochent toujours d’avoir causé, malgré lui, l’effondrement de la puissance soviétique.

Par Mourad M.
Mikhaïl Gorbatchev est décédé mardi soir à l’âge de 91 ans des suites d’une «longue maladie grave», a indiqué l’Hôpital clinique central (TSKB) de Moscou, où il était soigné. Gorbatchev, L’une des principales figures politiques du 20e siècle, a marqué l’Histoire en précipitant la chute de l’Union soviétique en 1991, alors qu’il essayait de la sauver par des réformes démocratiques («glasnost») et économiques («perestroïka»).
Evénement géopolitique majeur, la dislocation de l’URSS a signé la fin à la Guerre froide, dont les échos résonnent toutefois à nouveau depuis l’offensive lancée en Ukraine par l’actuel président russe Vladimir Poutine.
Avant son décès, Mikhaïl Gorbatchev ne s’était pas exprimé publiquement sur ce conflit d’une violence inédite en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, dénoncé en Occident comme une résurgence de l’impérialisme russe.
Pendant les 20 dernières années de sa vie, Gorbatchev s’était régulièrement inquiété des tensions grandissantes avec Washington, appelant à réduire les arsenaux nucléaires, comme il l’avait fait dans les années 1980. Dans un message de condoléances très mesuré, le président russe Vladimir Poutine a évoqué la mémoire d’un homme qui a eu «une grande influence sur l’Histoire du monde» et a «guidé notre pays à travers une période de changements complexes et dramatiques, et de grands défis».
Par contraste, les dirigeants occidentaux ont rendu des hommages appuyés à celui qui a reçu le prix Nobel de la paix en 1990 pour avoir fortement réduit la confrontation Est-Ouest.
Le président américain Joe Biden a salué un «leader rare» qui a laissé «un monde plus sûr».
Gorbatchev, qui a permis la chute du mur de Berlin, puis la réunification allemande, a «changé ma vie de manière fondamentale», a déclaré l’ex-chancelière Angela Merkel qui a grandi en ex-Allemagne de l’Est.
En Russie, l’héritage du dirigeant est très controversé : s’il est celui qui a permis à la liberté d’expression d’émerger, il fut responsable pour beaucoup de l’éclatement d’une superpuissance et des terribles années de crise qui suivirent.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a estimé hier que Gorbatchev avait eu une vision «romantique» de la relation entre la Russie et l’Occident.
«Aucune période romantique (…) n’a eu lieu. Nos adversaires ont manifesté leur soif de sang. C’est bien que nous l’ayons réalisé», a-t-il dit. Dans l’opposition russe, réprimée, le ton diffère.
L’opposant emprisonné Alexeï Navalny a souligné que Gorbatchev avait su quitter le pouvoir «pacifiquement». «C’est déjà un grand exploit selon les normes de l’ex-URSS», a-t-il déclaré, dans un message publié par son équipe.
Le journaliste russe Dmitri Mouratov, co-lauréat du Nobel de la paix 2021 et rédacteur en chef du journal indépendant, Novaïa Gazeta, soutenu dès sa création par Mikhaïl Gorbatchev, a lui évoqué un dirigeant qui «méprisait la guerre». Né en 1931 dans une famille modeste du sud-ouest de la Russie, Mikhaïl Gorbatchev était arrivé au pouvoir en 1985 après voir gravi rapidement les échelons du Parti communiste.
Jusqu’à sa démission en 1991, qui avait marqué la fin de l’URSS, il a mené d’importantes réformes démocratiques, connues sous les noms de «perestroïka» (restructuration) et de «glasnost» (transparence).
Confronté à d’immenses crises, comme la catastrophe de Tchernobyl (1986) ou les mouvements d’indépendance à travers l’URSS, qu’il avait en partie réprimés, il avait obtenu en 1990 le prix Nobel de la paix pour «avoir mis fin pacifiquement à la Guerre froide». Il est aussi celui qui ordonna la fin de la désastreuse campagne militaire soviétique en Afghanistan. Cependant, les années qui suivirent la dissolution de l’URSS en 1991 restent un traumatisme pour nombre de Russes, plongés dans une pauvreté fulgurante, confrontés à un chaos politique et à une guerre sanglante en Tchétchénie.
Avec l’arrivée au pouvoir en 2000 de Vladimir Poutine, qui a dit considérer la disparition de l’URSS comme la «plus grande catastrophe géopolitique du 20e siècle», l’État met au pas la société tout en exaltant la puissance russe. Pour Gorbatchev, les relations ont toujours été complexes avec les nouveaux maîtres du Kremlin, que ce soit le premier président russe Boris Eltsine (1991-1999), son ennemi juré, ou Vladimir Poutine, qu’il a critiqué tout en voyant en lui une chance pour un développement stable de la Russie. Gorbatchev s’était notamment montré favorable à l’annexion par Moscou de la péninsule ukrainienne de Crimée, en 2014, ce qui lui avait valu, en 2016, d’être interdit d’entrée en Ukraine.
Après un bref retour raté en politique dans les années 1990, il s’était consacré à des projets humanitaires. Ces dernières semaines, les médias russes avaient mentionné ses problèmes de santé récurrents.
Selon l’agence TASS, il est prévu qu’il soit enterré à Moscou auprès de sa femme Raïssa Gorbatcheva, décédée en 1999.
M. M.

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