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lundi 27 juin 2022

Russes et Occidentaux se parlent encore

Le plus remarquable dans ce qu’on appelle la crise ukrainienne, et qu’on aurait dû appeler la crise Otan-Russie, c’est que ses protagonistes continuent de se parler et de se rendre visite dans leurs capitales respectives, un peu comme si de rien n’était. Ces mêmes Occidentaux qui menacent la Russie des pires sanctions au cas où elle envahirait l’Ukraine n’hésitent pas à envoyer leurs ministres à Moscou pour sonder les intentions des dirigeants russes, et parfois même leurs chefs d’Etat, ce dont ils se garderaient bien si la guerre était aussi imminente que le prétendent les Américains. Ces derniers se sont décidés vendredi dernier à demander à leurs concitoyens se trouvant en Ukraine de quitter immédiatement ce pays, suivis en cela par les Britanniques bien sûr, mais également par les Japonais, les Hollandais, les Norvégiens et les Israéliens. Manquent à l’appel d’autres fidèles alliés des Etats-Unis, comme les Canadiens et les Australiens. Rien de tel en revanche du côté des Allemands, des Français, des Espagnols et des Italiens, et bien d’autres encore de cet acabit, même si on peut supposer qu’eux-mêmes aient pris soin de réduire le personnel de leurs représentations en Ukraine, ne gardant de lui que le strict nécessaire, quand ce ne serait que par mesure de précaution.
Le même jour où les Etats-Unis, vendredi donc, ont déclaré qu’ils discernaient mieux que jamais une éventuelle attaque russe, ils ont annoncé que leur président parlerait le lendemain au téléphone à Vladimir Poutine. Si en effet l’attaque est imminente, c’est le moment tout indiqué d’en parler avec la seule personne en Russie à même d’en décider. Cela n’est pas sans rappeler le dispositif mis en place en Syrie par les Russes et les Américains pour faire en sorte de ne jamais se tirer dessus par erreur, lequel dispositif a très bien fonctionné, aucun incident ne s’étant produit dans un pays où pourtant tout était permis. Chaque fois que la tension monte à la frontière entre la Russie et l’Ukraine, donnant à penser que les Russes sont sur le point de la franchir, ou que quelque chose de mauvais augure se soit produit ailleurs, la Maison-Blanche se hâte de demander un entretien téléphonique avec le président russe. Il semble que si cela ne dépendait que de Poutine, la conversation téléphonique d’hier aurait pris place lundi, c’est-à-dire demain. C’est le président américain qui voulait la rapprocher dans le temps.
Pourquoi ? Est-ce parce qu’il aurait reçu des informations disant que l’invasion de l’Ukraine était plus qu’imminente, qu’elle débutait, qu’elle était déjà en cours, qu’elle se développait, que la troisième guerre mondiale avait bel et bien commencé ? Voilà qui serait extraordinaire. L’explication la plus simple est qu’il a été poussé à cette initiative par l’échec des négociations de Berlin dans le cadre du Format de Normandie, entre la Russie, l’Allemagne, la France et l’Ukraine, qui s’étaient tenues la veille. Ces négociations n’étaient considérées par personne comme étant celles de la dernière chance. N’empêche, le fait qu’elles aient tourné court, l’Ukraine se refusant plus que jamais à appliquer les accords de Minsk, a fait craindre le pire aux Américains, qui depuis le début sont convaincus que le président russe n’attend que le prétexte pour passer à l’acte.

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