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lundi 26 septembre 2022

Rubicon

Si les Européens ont perdu toute mesure ces derniers mois face à la Russie et à Vladimir Poutine qu’ils n’hésitent pas à qualifier de monstre et l’égal des pires criminels que l’humanité a connus, du côté de Washington l’on reste plus prudent. L’administration Biden a ainsi estimé cette semaine qu’il serait contre-productif en l’état actuel de qualifier la Russie comme un «État sponsorisant le terrorisme», rejetant ainsi les appels en ce sens en provenance de Kiev et de parlementaires américains. Interrogé lundi à ce sujet, le président américain Joe Biden avait lâché un «non» laconique, rompant des mois de tergiversations américaines au moins publiquement. Mardi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Karine Jean-Pierre, à qui il était demandé d’expliciter la réponse du Président Biden, a affirmé qu’une telle qualification «n’était pas le moyen le plus efficace ni le plus fort pour exiger que la Russie rende des comptes pour son invasion de l’Ukraine». La responsable a notamment précisé que cela pourrait nuire aux efforts pour faire parvenir l’aide humanitaire à l’Ukraine. Une telle qualification pourrait aussi «saper la coalition multilatérale sans précédent qui a été si efficace pour exiger des comptes à Poutine et notre capacité à soutenir l’Ukraine dans les négociations», a-t-elle ajouté. Venant de la première économie mondiale, qualifier un État comme «soutenant le terrorisme» a de vastes conséquences, exposant notamment les banques et entreprises américaines à des poursuites devant les tribunaux. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky avait exigé fin juin que la Russie soit reconnue comme «État parrain du terrorisme», au lendemain d’une frappe russe sur un centre commercial ayant fait au moins 18 morts. Pour leur part, des parlementaires américains, dont la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, ont plaidé pour une telle qualification afin d’augmenter la pression sur Moscou plus de six mois après son invasion de l’Ukraine. Mi-août, le Parlement letton avait qualifié la Russie d’«État soutenant le terrorisme», dont les actes en Ukraine constituent un «génocide ciblé contre le peuple ukrainien», dans une déclaration immédiatement saluée par Kiev et dénoncée par Moscou. Seuls quatre pays dans le monde sont actuellement désignés par les États-Unis comme États soutenant le terrorisme : l’Iran, la Syrie, la Corée du Nord et Cuba. La Maison-Blanche souhaite ainsi continuer à marcher sur une ligne de crête vis-à-vis de Moscou, refusant de franchir le Rubicon tout en ayant plusieurs personnalités fortes du parti au pouvoir pour attaquer frontalement le Kremlin. Parmi elles, Nancy Pelosi qui s’est faite remarquer le mois dernier après sa visite très controversée de Taiwan, au plus grand déplaisir de Pékin. Washington se sert ainsi de ses parlementaires les plus célèbres pour faire passer des messages que la diplomatie lui interdit. Reste à voir si l’administration Biden pourra continuer à jouer sur les deux tableaux, surtout si la guerre ukrainienne s’éternise et qu’une position claire et forte sur la Russie sera de plus en plus attendue.

F. M.

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