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mercredi 22 mai 2024

Révolution/Portrait Hand U Kara (Boukrouche Akli), bravoure et humilité

Boukrouche Akli, dit Hand U kara, est un de ces hommes que l’histoire a choisis pour les enrouler dans ses propres secrets. Sa vie n’était faite que d’épreuves et de labeur, et ce, dans l’humilité et la discrétion. Le destin l’a tellement gavé d’événements pendant la glorieuse révolution de novembre 54 qu’il est impossible d’évoquer tous les souvenirs liés à cette période-là. Son chemin ne pouvait être autrement, car son enfance coïncida avec le feu de cette guerre dans ses moments les plus intenses.
L’engagement s’imposait alors de lui-même, d’autant plus que les enfants et adolescents de sa génération, dans son village Tala-Bouzrou, étaient tous impliqués. A 18 ans, dynamisé par l’énergie de la jeunesse, il montrera une audace considérable dans son travail de moussebel. Nous sommes alors en 1957. La guerre prenait des proportions inhumaines et les atrocités commises par l’armée coloniale sur les populations civiles dictaient un changement de stratégie. La vie au village pour les moussebiline, surtout ceux recherchés comme Boukrouche Akli, devient impossible. Ce dernier prendra alors le maquis en 1958. Il sera dans la compagnie de Said Cherief dit Said Abadj. C’est, se rappelle-t-il, l’aspirant Chara Ali dit Ali N Said qui l’emmène à Mizrana pour, lui dira-t-il, renforcer les groupes déjà existants. Il sera dans celui missionné pour l’acheminement et le sabotage. L’ALN possédait alors deux groupes qui travaillaient en alternance. Ponts, poteaux électriques et téléphoniques, tout ce qui pouvait entraver le travail de l’armée d’occupation était désigné comme objectif à détruire. A Tala Mimoune, village perché au milieu de Mizrana, il faisait le guet avec ses compagnons. Tout ce qui bougeait depuis Tigzirt ou Dellys était sur la ligne de mire de ce groupe… «Un jour, se rappelle-t-il, un maquisard s’était rendu au camp avec arme et bagage et s’en était fini alors de cet endroit hautement stratégique. Il sera occupé pour de bon par l’armée française». Hand U Kara se souvient de beaucoup d’événements qui apparaissent dans son langage comme purement accessoires. Il ne montre jamais ce côté grandeur ou épopée mythique de l’histoire glorieuse de la guerre de Libération. Sa générosité et son humanisme le poursuivent jusqu’au moindre détail de ses dires. Il ne fait que décrire des événements auxquels il avait participé, conscient de n’avoir rien fait d’autre que son devoir. Sans cette mythologie guerrière qui transforme des souvenirs en phantasmes, loin parfois de la vérité. Il nous parle des moudjahidine, des harkis qui ont aidé la révolution et d’un tas d’autres choses qu’il faudrait peut-être un livre pour les énumérer. Il sera blessé lors d’un accrochage avec l’armée coloniale. Ne pouvant le transporter car le ratissage était toujours en cours, ses compagnons le laissèrent dans un abri de fortune jusqu’au lendemain. Cette nuit-là fut celle de la douleur, de l’amertume et de la peur d’être découvert par l’armée française. Ce fut, se souvient-il, le jour de la mise à l’épreuve de soi. Le lendemain, une section de l’ALN le transporte enfin vers l’infirmerie du maquis au cœur de Mizrana. La providence avait voulu qu’il survive jusqu’à l’indépendance. Aujourd’hui, rien de ce passé pourtant si dense ne lui donne matière à l’ivresse ou à la fantaisie. Il ne vit pas dans ces miradors propres à certains qui n’ont souvent pourtant pas eu de parcours particulier. Son langage ne prend jamais cet aspect de la vanité ou de l’arrogance. Il n’a pas besoin de glorifier son passé pour se réconcilier avec lui-même. Ses souvenirs semblent n’être que substance à son esprit pour continuer la vie le plus ordinairement possible.

Lounès Guezali

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