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mardi 9 août 2022

Retrouvailles à Kherson

Au cours de ces dernières heures dans la guerre en Ukraine, on a vu le président Volodymyr Zelensky d’une part adjurer les civils de quitter Donetsk pour leur survie et plus encore de celle de leurs enfants, s’adressant à ceux d’entre eux qui sont encore dans les zones de cette région encore contrôlées par son armée, et d’autre part réaffirmer sa conviction dans la victoire complète contre la Russie. Deux messages contradictoires donc émis coup sur coup, l’un annonçant une défaite dans le court terme, et l’autre la victoire finale mais au bout d’un temps indéterminé. Le premier prédisant une suite prochaine quasi certaine, qui est la chute des 40 % de Donetsk non encore envahis par les forces russes, et l’autre renouvelant la foi messianique en la victoire finale, à un moment sombre de la guerre. Dans aucune des batailles précédentes, à l’est comme au sud, une consigne d’évacuation de ce genre n’a été donnée. La tendance était plutôt à la mobilisation des civils là où ils se trouvaient, à leur fixation sur les lieux, et même à leur recrutement sous une forme ou sous une autre. A Marioupol, lors du siège de l’usine Azov, civils et militaires ukrainiens étaient indiscernables pour les assiégeants, qui voulaient voir les civils retranchés dans les sous-sols quitter les lieux, avant qu’eux-mêmes ne donnent l’assaut.

Cet exemple et d’autres laissent penser que l’appel pressant fait aux civils par Zelensky de tout abandonner sans plus attendre est annonciateur d’une retraite des forces ukrainiennes de tout Donetsk, et donc de tout le Donbass. Il ne s’agit pas tant d’envoyer la population civile à l’arrière, de la mettre à l’abri pour ne pas avoir à se soucier d’elle lors des affrontements à venir, qui seront particulièrement violents, mais de se préparer à la retraite généralisée le cœur plus léger. Au lieu de donner maintenant l’ordre du repli à ses troupes restées défendre les dernières positions dans Donetsk, le commandant en chef conjure les civils de déserter la place, de songer à leurs enfants. Les combattants ukrainiens ont déjà fait preuve de suffisamment de courage et d’esprit de sacrifice pour qu’il ne faille voir nulle faiblesse d’un genre inavouable. L’abandon de Donetsk, ou plutôt de ce qu’il en reste, relève vraisemblablement d’un redéploiement tactique, dans la perspective de batailles déterminantes pour la suite des événements. D’autant que les Ukrainiens ont déjà annoncé pour septembre une offensive majeure sur Kherson, en vue de la reprendre en entier. Dans cette hypothèse, les troupes qui seraient retirées de Donetsk le seraient à cet effet. Les Russes ne sont pas en reste qui y dirigent de nouvelles forces prises au nord et à l’est, si du moins il faut en croire les sources ukrainiennes, les Russes se montrant plutôt discrets en la matière. La reconquête de Kherson est la victoire éclatante dont Kiev a besoin pour se consoler des terres perdues à l’est. Que son intention soit d’ailleurs de poursuivre la guerre jusqu’au bout, c’est-à-dire de son point de vue jusqu’à faire repasser aux forces russes la frontière franchie par elles il y a maintenant plus de six mois, soit qu’il cherche seulement à se renforcer en vue d’une solution négociée.

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