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vendredi 12 août 2022

Retrait d’Afghanistan : pas un seul ne devra ensuite manquer à l’appel

Ce que le ou les retraits d’Afghanistan – plusieurs Etats étant concernés, pas seulement les Etats-Unis – sont en train de nous apprendre, c’est que pour se désengager d’un pays, il ne suffit pas de le vouloir, il faut encore le pouvoir. Celui qui se fait quasiment sous nos yeux, le plus souvent d’ailleurs dans une pagaille indescriptible, n’est pourtant pas le plus périlleux, les nouveaux maîtres du pays, les Talibans, ne demandant en effet qu’à voir les anciens occupants s’en aller jusqu’au dernier et le plus rapidement possible. C’est à peine s’ils ne se sont pas offerts à aider au rembarquement de tous ceux, militaires et civils, qui y ont droit aux termes des accords de Doha, passés exclusivement entre les Etats-Unis et eux, il y a de cela des mois. Etant déjà en force tout autour de l’aéroport de Kaboul, lequel tient lieu à la fois d’ambassades, de base de vie, de camp retranché par un côté et assiégé de l’autre, de quai d’embarquement, et pour finir de piste de décollage, ils n’auraient pas beaucoup de chemin à faire ni même beaucoup de forces à dépêcher sur place pour faire en sorte que tout ce monde entassé à l’intérieur et à l’extérieur, agité de transes et quelquefois hurlant de désespoir, soit poussé jusqu’au dernier au bord de l’avion ultime. Or tout le monde n’est pas dans les mêmes dispositions qu’eux. D’ailleurs, ce ne sont pas eux, les Talibans, qui en l’occurrence sont craints, mais les groupes djihadistes internationaux, en premier lieu al-Qaïda, qui pourraient commettre un attentat, une perspective crédible qui rend tout le monde plus nerveux et plus pressé encore. Personne ne l’est cependant autant que la Maison-Blanche, qui déjà a du mal à faire face aux critiques fusant de toutes parts, y compris du côté des démocrates, sur sa façon de s’y prendre. S’il lui faut encore devoir gérer les conséquences d’un attentat visant à perturber davantage le cours chaotique des opérations, elle risque à son tour le collapse, à l’image de celui qu’a connu l’armée afghane, il y a encore peu. En principe, tout devrait être terminé dans une semaine. Mais Joe Biden envisage depuis un bout de temps l’hypothèse où il faudrait rester plus longtemps, pour ne laisser personne derrière, à Kaboul ou quelque part ailleurs en Afghanistan. Quelqu’un du pays, forcément, les autres n’ayant personne en Amérique pour s’enquérir de leur sort le cas échéant. Les républicains ont été particulièrement clairs sur ce point : si le moment venu il manque à l’appel un Américain, un seul, la procédure d’impeachment contre le président sera déclenchée. Il faut dire que l’administration Biden avait tellement hâte de tourner la page de l’Afghanistan qu’elle n’a pas pris en compte tous les aspects de l’opération. D’où des négligences sur lesquelles les ténors républicains attirent maintenant l’attention du public. Ainsi de l’abandon précipité de la base aérienne de Bagram, la plus importante de toutes, qui aurait été particulièrement utile pour l’heure. Ainsi, surtout, de l’armement de plusieurs types et terrains, dont des avions de combat, des hélicoptères, des véhicules blindés, à chaque fois du matériel à la pointe du progrès technique, tombé en grosses quantités entre les mains des Talibans. Ceux-ci finiront bien par savoir s’en servir, quitte pour cela à se tourner vers les Chinois, vers les Russes, ou les Iraniens, quand ce n’est pas vers les trois à la fois. Biden, qui déjà dégringole dans les sondages, serait moins populaire encore si les pertes du retrait s’avéraient être non pas des militaires mais des civils – qui n’auraient pas pu arriver jusqu’à l’aéroport.

M.H

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