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samedi 24 février 2024

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En décembre 2012, à peine six mois après le début de son mandat à l’Élysée, François Hollande affrontait son premier scandale présidentiel. Son ministre délégué au Budget, Jérôme Cahuzac, se voyait accusé de fraude fiscale. Mais si ce dernier commence par réfuter avec véhémence les accusations dont il fait l’objet, il finira par avouer en avril 2013 l’existence d’un compte suisse secret et annonce le rapatriement de 600 000 € en France. Celui qui avait des ambitions voit sa carrière politique stoppée net. Mais aujourd’hui, dix ans après le scandale, l’ex-ministre veut faire son retour politique. Condamné en 2018 pour fraude fiscale, l’ex-ministre a estimé sur France Inter «avoir purgé en totalité sa peine» et assuré «s’efforcer d’être sur le chemin de la rédemption». Jeudi 23 novembre, l’homme de 71 ans a effectué son entrée dans son fief électoral à Monsempron-Libos (Lot-et-Garonne), enchaînant réunion publique et déambulation dans les allées du marché local, entretenant le flou sur ses intentions. Longuement interrogé sur la question morale de son retour, l’ex-maire de Villeneuve-sur-Lot, condamné en 2018 pour fraude fiscale, a indiqué sur la radio de service public hier matin avoir «purgé sa peine» justifiant ainsi sa réapparition médiatique : «Ce n’est pas parce que j’ai commis un acte parfaitement immoral que mon retour l’est». Il a poursuivi sa défense en invoquant la conception très subjective de la morale : «Vous avez des pays dans lesquels on coupe la main d’un voleur, où l’on lapide une femme adultère, où l’on tranche la tête un apostat, ce n’est pas la nôtre». Interpellé sur la défiance des Français vis-à-vis des personnalités politiques, Jérôme Cahuzac assume «avoir sa part de responsabilité» dans le phénomène, mais refuse de l’endosser seul. Il accuse notamment François Hollande d’avoir lui aussi menti en annonçant le retournement de la courbe du chômage en 2013 : «Aucune note ne lui permettait d’annoncer cela, bien au contraire même. Il l’annonce en sachant que ce n’était pas vrai». L’ancien socialiste a ensuite fustigé la signature en 2022 par les dirigeants du PS de «l’accord de soumission» vis-à-vis de LFI avec «pour seule contrepartie le sauvetage de leurs sièges». Avant de conclure son intervention : «Si j’ai ma part de responsabilité, il faudrait que les autres reconnaissent la leur». Désormais «au clair avec lui-même» et à l’approche des élections municipales en 2026 et des législatives en 2027, Jérôme Cahuzac ne «s’interdit pas» un retour en politique. Sur les réseaux sociaux, plusieurs personnalités de gauche se sont indignées de ces déclarations. Toutefois, si le retour de Cahuzac peut choquer, cela ne sera pas forcément un échec, de nombreuses personnalités politiques traînant de nombreuses casseroles judiciaires ont réussi néanmoins à se faire élire et réélire. Reste à voir si l’ex-ministre saura se faire bien voir par ses électeurs potentiels et s’il sera capable surtout d’échapper au courroux des Insoumis, qu’il attaque de front et qui ne sont pas connus pour leur douceur.

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