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mardi 9 août 2022

Retard d’accès aux innovations thérapeutiques / Traitement du cancer : l’Algérie à la traîne

La médecine avance à toute vitesse. On sait aujourd’hui traiter le cancer avec des thérapies qui apportent des améliorations spectaculaires de l’état de santé des patients, prolongent ou assurent leur survie.

Par Meriem Benchaouia

Ces nouveaux protocoles coûtent cher, très cher, et notre système de santé a du mal à absorber les coûts. Résultat : certains traitements ne peuvent pas être prescrits alors qu’ils sont disponibles dans d’autres pays. Une véritable perte de chance pour nos cancéreux, déjà démunis face à cette pathologie grave. Même si les responsables se succèdent pour affirmer que la mise en œuvre du Plan national contre le cancer avance bien, les malades continuent de souffrir des complications de cette maladie et de l’absence d’une bonne prise en charge médicale. En effet, l’Algérie est «à la traîne» en matière d’accès aux innovations thérapeutiques dans la prise en charge du cancer, a déploré le Dr Ahcene Zenhati, chercheur en économie de santé. «Seuls 42 % des thérapies ciblées et immunothérapies sont disponibles en Algérie», a-t-il affirmé dans son intervention par visioconférence, lors du 4e Sommet de l’onco-hématologie, organisé à Alger par les laboratoires Roche. Selon ce chercheur, parmi les 16 innovations thérapeutiques dans la prise en charge du cancer du sein, seules 8 sont enregistrées en Algérie dont 4 seulement sont disponibles. Parmi les 19 thérapies dédiées au cancer du poumon, a-t-il poursuivi, seules 7 innovations thérapeutiques sont enregistrées en Algérie et seulement 3 sont disponibles. Pour le Dr Zenhati, ce sont les délais d’enregistrement, la négociation des prix d’achat par appel d’offres qui retardent l’accès aux traitements innovants. Il a soutenu, à ce titre, que «dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), l’Algérie a le plus long délai dans le lancement des produits innovants». Relevant que la diffusion de traitements innovants impacte la croissance économique, dans la mesure où l’introduction de nouvelles molécules permet de réduire certains coûts et améliore la productivité en général, il a précisé que dans le cas de l’Algérie, les pertes de production dues aux cancers ont été estimées à 16 millions de dollars en 2018. «Dans le cas du cancer du sein, les pertes liées aux arrêts de travail sont estimées à 3,45 millions de dollars, alors que les pertes dans le cas du cancer du poumon s’élèvent à 1,31 million de dollars», a-t-il précisé. Toutefois, il a soutenu que «les coûts du cancer sont beaucoup plus importants que les chiffres avancés». Pour accélérer l’accès à l’innovation en Algérie, Ahcene Zenhati a plaidé pour l’adoption d’un processus d’enregistrement accéléré qui s’accompagnerait de décisions de financement et d’approvisionnement rapides à travers les canaux officiels de l’Etat ou les canaux privés. «Il s’agit de mettre en place un système d’enregistrement accéléré pour les thérapies innovantes, internationalement reconnues et déjà enregistrées par les agences de médicament américaine ou européenne», a-t-il préconisé. Il a mis l’accent, en outre, sur l’importance de «dissocier» le processus de financement de celui de l’enregistrement, afin de limiter l’impact des contraintes budgétaires sur les délais d’enregistrement, et d’encourager les contrats innovants et les négociations entre les autorités et les laboratoires pharmaceutiques. Le Dr Ahcene Zenhati a insisté également sur la révision du système d’appel d’offres pour la mise en place d’un comité d’experts clinique et économique qui évalue et valide l’intégration de médicaments innovants dans le cadre d’un accord commercial entre la PCH et les laboratoires pharmaceutiques. Pour assurer une meilleure prise en charge du cancer en Algérie, ce chercheur a plaidé pour l’optimisation de l’utilisation du fonds de lutte contre le cancer en facilitant ses conditions d’exploitation, regrettant que les ressources de ce fonds n’aient été utilisées qu’à hauteur de 4 % annuellement. Ce spécialiste de l’économie de santé a suggéré aussi de débloquer le financement de thérapies innovantes à travers la promulgation d’une loi contribuant à la prise en charge des patients dans le secteur privé, et d’encourager la population algérienne à recourir à des assurances complémentaires privées pouvant couvrir la prise en charge du cancer. La prise en charge du cancer en Algérie nécessite, par ailleurs, de «rendre accessible les données de la Caisse nationale des assurés sociaux (Cnas) pour pouvoir réaliser des études et évaluer les pertes de production de la population active atteinte de ces cancers», a-t-il préconisé.

M. B.

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