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dimanche 14 août 2022

Responsabilités

C’est visiblement avec étonnement que plusieurs députés du camp présidentiel constatent que les élus du Rassemblement National, qui étaient au nombre de 8 lors du dernier mandat législatif et qui sont aujourd’hui 89, se comportent de façon calme et «responsable». Surtout comparés aux députés de La France Insoumise qui ne cessent depuis leur arrivée à l’Assemblée nationale de chahuter et de provoquer. Le contraste des attitudes des deux groupes parlementaires était d’autant plus visible mercredi dernier, lors du discours de politique générale de la Premier ministre Élisabeth Borne. «Ils sont restés sages comme des images, c’était très étonnant, relève un député du mouvement d’Édouard Philippe, Horizons. Il y avait d’un côté 89 élus du RN encravatés, bons élèves, qui écoutaient religieusement le discours d’une maîtresse d’école et, de l’autre, les cancres. D’un côté le cirque Pinder, de l’autre les bancs de Sciences Po.». Consigne avait été donnée par la présidente du groupe RN, Marine Le Pen, lors d’une réunion peu avant à 13h30, d’adopter une attitude «responsable». «Depuis qu’on a été élus, elle nous martèle un message : restez sérieux et constructifs. On s’efforce d’appliquer à la lettre cette injonction et ça commence à porter ses fruits», assure un élu RN. De leur côté les Insoumis, troisième groupe de l’Assemblée après celui de Renaissance (présidentiel) et celui du RN, enchaînent déjà les polémiques alors que les députés lepénistes adoptent la discrétion. «Le RN s’institutionnalise à vitesse grand V. Leur stratégie est très intelligente. Ils avancent à bas bruit, comme ils le font depuis plusieurs années, passent sous les radars médiatiques, mais s’imposent comme le principal groupe d’opposition», s’inquiète une figure de la majorité présidentielle. «La Nupes signe son acte de décès en pavant la voie de l’Élysée au RN. Ils ne peuvent pas leur faire de plus beau cadeau que de les traiter de fachos ou de nazis ! Ça ne marche plus depuis un bon moment auprès des Français», s’emporte un député macroniste. Une quête de notabilité qui inquiète les poids lourds de la macronie, alors que le parti de Marine Le Pen a progressé de presque 1,3 million de voix au premier tour des législatives en cinq ans. Il y a quelques jours, Bruno Le Maire, qui travaille assidûment ses réseaux parlementaires, a réuni à déjeuner une douzaine de députés macronistes à Bercy. Le ministre de l’Économie leur a passé la consigne suivante, impérative : pas question de tomber dans le piège de la respectabilité tendu par le Rassemblement national. «Tout accord, même implicite, avec le RN est létal !», les a alertés le numéro deux du gouvernement. Pourtant, à la suite de la victoire décevante du camp présidentiel aux législatives, de nombreuses personnalités proches du président n’ont pas hésité à laisser entendre qu’un accord pragmatique de circonstance pouvait s’opérer sur certaines thématiques, pour faire passer certaines lois et réformes. Il serait ainsi intéressant de voir, lors de ce mandat qui s’annonce difficile pour l’Élysée, quelles alliances seront possibles pour les députés du parti présidentiel qui pourrait ne pouvoir se passer de voix RN s’il veut réussir à accomplir quoi que ce soit, mais qui par là même le normaliserait inévitablement et pourrait difficilement le diaboliser encore par la suite.

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