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samedi 25 mai 2024

Rencontre poétique autour de l’œuvre de Si Mohand U M’hand: La grandeur de l’homme au verbe ciselé révélée

Une rencontre en hommage au poète algérien Si Mohand U M’hand a été animée, samedi à Alger, par un collectif de conteuses et poétesses qui ont évoqué la grandeur de l’homme au verbe ciselé et au bâton de pèlerin dans ses errances existentielles.

Par Abla Selles
Accueillie au Palais des Rais (Bastion 23), la rencontre «Isefra, poèmes de Si Mohand U M’hand» a été organisée suite à l’initiative de la conteuse, poétesse et auteure Hanifa Hamouche qui a choisi une dizaine de textes du poète, faisant l’unanimité auprès de ses consœurs Djedjiga Derriche (également professeure), Mina Belmihoub, Karima Imkhellaf et Hamida Ferroukhi, qui, ensemble, ont donné vie à de beaux ateliers lyriques. Déclamées dans la langue d’origine (le kabyle) par Karima Imkhellaf et traduites vers l’algérois et le français par respectivement Mina Belmihoub et Hanifa Hamouche, les dix poésies présentées ont interrogé le divin, à travers l’espace et le temps, sur l’adversité de la vie et la condition humaine soumise alors aux pratiques barbares de l’occupation française.
L’évocation par Djedjiga Derriche du parcours et de l’œuvre de Si Mohand U M’hand, figure emblématique de la culture et de la poésie kabyle de la fin du XIXe siècle avec un court rappel sur le triple drame qu’il a subi, a permis à l’assistance de connaître la profondeur et l’ampleur des bouleversements survenus dans sa vie, car déraciné et seul, il avait choisi l’errance et la thérapie de la parole pour unique modèle de vie.
En effet, contraint d’abord par l’armée coloniale de quitter la maison avec sa famille et aller vivre ailleurs, le barde vit bien après, le village qui l’avait alors accueilli, rasé par les troupes du tristement célèbre général Randon, pour vivre encore, quelque temps plus tard, l’assassinat de son père par l’armée coloniale, une autre tragédie qui le marquera à jamais.
Avec une voix suave, Hamida Ferroukhi a interprété en a cappella une berceuse dédiée à toutes les mamans et «Ts’ghennigh’ts I Mohand U M’hand Amokrane nech’Chouâra» (Je chante cet air à Si Mohand U M’hand, le plus grand de tous les poètes), chant élogieux à l’endroit du poète-pèlerin de Mohand Ouzeguène (1911-1972), repris plus tard par Sami El Djazairi (1945-1987).
Les conteuses et poétesses se sont relayées, 75mn durant, invitant l’assistance à méditer une œuvre sage et mesurée, que Si Mohand U M’hand a déployée dans des thématiques en lien avec l’exil, l’amour, la terre natale, le destin, la malédiction, le désespoir ou encore la résilience face à l’adversité.
Photographie d’une époque où les Algériens vivaient au rythme des exactions, des brimades, des crimes et des génocides que perpétrait l’armée coloniale française au quotidien, les textes, avec leur densité aux contenus empreints de réalisme et de créativité de celui qui a juré de ne jamais répéter deux fois le même poème, ont été confiés aux bons soins de la mémoire populaire qui a veillé à leur conservation. «La poésie de Si Mohand U M’hand fait l’objet de plusieurs études universitaires et académiques, il conviendrait peut-être de proposer son inscription sur la liste du patrimoine national immatériel», ont estimé plusieurs intervenants durant le débat qui a suivi la rencontre.
A. S.

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