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samedi 25 juin 2022

Rapatriement

Présenté comme un homme politique pragmatique et sérieux au début des années 2000, Recep Tayyip Erdogan, alors Premier ministre de la Turquie, était un interlocuteur apprécié par les chancelleries européennes. Pourtant déjà, nombreux étaient ceux qui, en Turquie, prévenaient sur le double discours de celui qui depuis est devenu le président tout puissant du pays d’Atatürk. Ainsi, les services de renseignement turcs n’hésitent pas aujourd’hui encore à arrêter à l’étranger et «rapatrier» un neveu du prédicateur Fethullah Gülen, bête noire du président Recep Tayyip Erdogan, qu’il accuse d’avoir ourdi un putsch contre lui en 2016, ont rapporté, hier, les médias turcs. Selon Anadolu, l’agence de presse étatique, Selahaddin Gülen a été ramené en Turquie par des agents de l’Organisation nationale du renseignement (MIT) après avoir été interpellé dans un pays dont le nom n’a pas été dévoilé. Anadolu, qui a publié une photo du suspect menotté et se tenant entre deux drapeaux turcs, n’a pas indiqué si cette opération a été menée en accord avec le pays où elle s’est déroulée. Selahaddin Gülen est accusé d’appartenir à l’«organisation terroriste Feto», le nom qu’Ankara utilise pour désigner le mouvement du prédicateur Fethullah Gülen. Ce dernier, qui réside aux États-Unis, affirme être à la tête d’un réseau pacifique d’ONG et d’entreprises et nie toute implication dans la tentative de coup
d’État qui a visé Erdogan en juillet 2016. Mais le président turc, autrefois un allié de Fethullah Gülen qu’il a activement appuyé, le décrit aujourd’hui comme le chef d’une organisation «terroriste» ayant pour but d’infiltrer et renverser le gouvernement. Depuis le putsch manqué, la Turquie a «rapatrié» plusieurs dizaines de personnes accusées d’appartenir au mouvement de Fethullah Gülen, notamment depuis des pays des Balkans et d’Afrique. En 2018, l’enlèvement au Kosovo par des agents du MIT de six ressortissants turcs accusés de liens avec Fethullah Gülen avait provoqué une crise politique dans ce pays et conduit au limogeage du ministre de l’Intérieur et du chef du renseignement. La traque se poursuit également en Turquie même, où cinq ans après la tentative de coup d’État, les purges menées contre les partisans présumés de Fethullah Gülen, mais aussi les milieux prokurdes, continuent à un rythme soutenu. Depuis 2016, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont été arrêtées et plus de 140 000 limogées ou suspendues de leurs fonctions. Des mesures qui auraient sans aucun doute fait hurler les détracteurs européens et américains de Vladimir Poutine, mais qui ne trouvent rien à redire à cette chasse aux sorcières qui ne semble pas devoir prendre fin. Après tout, la Turquie, qui est le dernier rempart contre l’immigration massive venant du Moyen-Orient et de l’Europe, ne voudrait certainement pas voir Ankara ouvrir ses frontières, comme Erdogan a souvent menacé de le faire aux millions de migrants prêts à se déverser sur le vieux continent.

F. M.

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