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mercredi 29 juin 2022

Ramadhan / Gaspillage et hausse des prix : le grand paradoxe…

L’érosion du pouvoir d’achat et la hausse des prix n’ont pas persuadé les Algériens à ne pas gaspiller. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, au moment où les ménages dénoncent la cherté de la vie notamment en cette période de ramadhan, les poubelles débordent de denrées alimentaires jetées en grandes quantités.

Par Thinhinane Khouchi

Qui gaspille et pourquoi ? Pour le moment, cette question demeurera sans reponse, vu que tous les citoyens se plaignent de cette tendance au gaspillage qui semble s’accentuer durant le mois de jeûne, marqué par une frénésie d’achats qui génère l’augmentation des prix. En effet, malgré la cherté des produits, les poubelles des différentes rues du pays débordent de denrées alimentaires : des baguettes de pain, de la zlabia, du kalb el louz, des plats intacts, des légumes et fruits frais jetés en grandes quantités. A titre d’exemple, pour la seule wilaya d’Alger, «la société Extranet a ramassé près de 30 000 tonnes de déchets rien que dans une trentaine de communes», selon la cellule de communication de l’entreprise qui souligne que le volume d’ordures collectées durant les 15 premiers jours du ramadhan a connu une augmentation de plus de 20 %, comparativement au volume enregistré régulièrement auparavant. L’année passée et à la même période, soit après deux semaines de ramadhan, le ministère de l’Intérieur, des Collectivités locales et de l’Aménagement du territoire avait fait état de quelque
4 250 664 baguettes de pain jetées dans les poubelles au niveau national. De son côté, depuis le début du mois sacré, l’Organisation algérienne de protection et d’orientation du consommateur et de son environnement (Apoce) a appelé, via asa page Facebook, les consommateurs à ne pas gaspiller et a mis en avant l’impératif de changer certains comportements de consommation tant par les familles que par les institutions qui sont considérées «parmi les grandes gaspilleuses des matières de consommation, notamment les universités, les écoles et les hôpitaux. Par ailleurs, afin de définir les niveaux de gaspillage alimentaire chez les familles algériennes et les différents opérateurs économiques publics et privés, l’Agence nationale des déchets (AND) a indiqué que pour cette année elle a fait état d’une étude approfondie sur ce sujet. Initiée en mars dernier, l’étude s’étalera sur une année, selon les explications données par la directrice de gestion intégrée des déchets à l’Agence, Fatma-Zohra Barça, qui ajoute que l’AND aspire à travers cette étude à définir «les indicateurs quantitatifs pour mesurer l’ampleur du fléau du gaspillage alimentaire en Algérie, au niveau des ménages et des entreprises économiques, en prévision de l’élaboration d’une feuille de route prévoyant des objectifs précis de lutte contre ce fléau». L’étude en question tend à définir les opérations à engager pour éviter le gaspillage alimentaire et à élaborer des applications permettant de localiser les lieux de gaspillage, en sus de mettre en place des programmes de collecte des restes alimentaires inutilisés, en coopération avec la société civile, selon la même responsable. Elle a relevé, en ce sens, qu’en 2019, le taux de gaspillage alimentaire représentait plus de 19 % des aliments destinés aux ménages algériens, contre un taux plus important pour les restaurants, les hôtels et les grandes unités de production, faisant remarquer qu’à chaque ramadhan, la quantité de déchets ménagers augmente de 10 % par rapport aux autres mois. La même responsable a relevé que l’indicateur de l’année 2021 affiche un recul du taux de croissance à 4 % dû, selon elle, à l’impact de la pandémie de Covid-19 sur le mode de consommation des familles algériennes, ainsi qu’aux actions de sensibilisation. En se référant à l’opération d’évaluation quantitative réalisée par l’Agence, elle a indiqué que la quantité de pain gaspillé en 2021 s’élève à 14 g par habitant par jour, soit 914 millions de baguettes par an. Selon la même responsable, la quantité globale des déchets produits par les consommateurs en Algérie s’élève à environ 13 millions de tonnes en 2021, un taux considéré «moyen» par rapport aux quantités cumulées dans les autres pays, estimant que «la problématique réside dans la manière de gérer les déchets et non pas leur quantité».
T. K.

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