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samedi 3 décembre 2022

Quelle suite après le retrait russe de Kherson ?

Les Russes ne se sont pas plus tôt retirés de Kherson que les voilà qui désignent une autre ville comme capitale administrative temporaire de l’oblast de Kherson : Henischek, ville portuaire sur la mer Azov, évidemment pour bien montrer leur intention de reprendre pied un jour sur la rive droite du Dniepr. Qu’ils y parviennent ou non dépend toutefois moins d’eux-mêmes que du cours de la guerre, qui se poursuit sans qu’on puisse en voir le terme, même si on a des raisons de penser qu’elle n’est pas du genre à s’éterniser, comme celle qu’il y a en Syrie, au Yémen, ou ailleurs dans le monde. La propagande de guerre des Occidentaux, assumée par leurs plus grands médias, dont on aura remarqué qu’ils n’observent en l’occurrence aucune espèce de distance, au mépris de leur prétention intempestive à l’objectivité, font déjà passer le retrait russe pour le dernier résultat victorieux de l’offensive ukrainienne lancée en septembre, oublieux qu’ils sont qu’eux-mêmes l’avaient présenté tout autrement au moment où il commençait, et d’abord comme une suspecte manœuvre russe. Les Ukrainiens avaient alors parlé de piège dans lequel ils ne se laisseraient pas prendre, qu’ils n’entreraient dans Kherson qu’après s’être assurés du départ du dernier soldat russe, qu’il n’était pas dans la nature des Russes de faire des cadeaux, etc.

Mais dès l’instant où ils ont vu, de leurs propres yeux vu, qu’en effet les Russes avaient tous traversé le fleuve, ils ont poussé le cri de la victoire, hissé leur drapeau, mimé la liesse. A la guerre comme à la guerre, dira-t-on. Et on aura raison, ou plutôt les Ukrainiens auront raison, d’autant que sans le danger permanent qu’ils faisaient peser, même à distance, sur les Russes, ceux-ci seraient probablement encore dans la ville de Kherson, quand leurs problèmes de logistique seraient restés les mêmes. D’ailleurs les Russes avaient bien dit qu’ils ne partaient pas de gaieté de cœur, qu’ils prenaient là une décision difficile, pénible à leur cœur, Kherson ayant été préalablement annexée par eux. Ce qui est incompréhensible par contre, c’est la volte-face des grands journaux américains, au premier rang desquels le New York Times et le Washington Post, qui plus que jamais donnent le ton à leurs confrères européens, qui ont changé de version en même temps que les Ukrainiens. Leur première attitude a été l’incrédulité, la méfiance, et la seconde l’annonce de la victoire, les félicitations à l’heureux vainqueur. La question de savoir si les Russes se décideront ou non à revenir dans Kherson est conditionnée par celle de savoir si son abandon est ou non consécutif à une négociation en train de se nouer dans les coulisses. Si seule la difficulté à la tenir les a déterminés à s’en retirer, alors ils feront tout pour la reprendre. Ils ne feraient rien de tel par contre s’ils l’ont quittée pour se conformer à un engagement pris dans le secret, et auquel correspondrait une contrepartie due par les Ukrainiens, ou sinon par eux, par ceux qui négocieraient en leur nom, les Américains étant le mieux placés pour ce faire. Pour le moment, rien n’est à exclure. Pas même une recrudescence de la guerre, les belligérants ayant en effet tendance à jouer dans ces conditions les prolongations dans le but d’accroître leur pouvoir de négociation. Cela dit, on n’attendra pas longtemps avant de savoir à quoi s’en tenir exactement, le passage du temps étant ici le meilleur critère.

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